Dimanche 24 mai 2009

 

Cuiabá est la Capitale du Mato Grosso. Avec le développement agricole de la région Centre-Ouest, la ville s’est terriblement agrandie. Des immeubles rivalisent de hauteur, ou autrefois on trouvait des « casarões » ces habitations traditionnelles avec un patio ombragé par des manguiers. La ville à perdu son charme d’antan et sa tranquillité.

Pour retrouver cette ambiance paisible, il faut s’éloigner de la capitale du Mato grosso et rechercher les petits villages à l’écart du progrès. Dom Aquino est une de ces bourgades où il fait bon vivre.
 Là pas d’immeubles, tout le monde se connaît. Le soir, quand le soleil décline sur l’horizon et fait chuter le thermomètre de quelques degrés, la population se réunit sur la place sous les arbres, partage une bière et mange des brochettes. Des petites cabanes
 qui servent de bar s’élèvent des hauts-parleurs de la musique « sertaneja », un brin  country  qui rappelle qu’on est ici au pays du rodéo. L’élevage de zébus est la principale économie de la région.
C'est, dans ce village paisible qui me rappelle mes origines paysanes que j'explore avec mon fidèle compagnon Luis, le photographe du village, la serra das parnaibas. à la recherche des civilisations perdues...

Par Jean - Publié dans : aventure
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Mercredi 29 avril 2009

 

Tous ceux qui comme moi souhaitent engager une grande aventure et qui la préparent depuis plusieurs années le savent ; la période n’est plus propice. Fini le temps du sponsoring et du mécénat. L’argent, les aides, les dons font désormais partie des espèces disparues ou en voie de disparition au même titre que le tatou à sept bandes ou les grands cétacés. Plus difficiles à débusquer que le Yéti de l’Himalaya, trouver un soutien pour une aventure aussi justifiée soit-elle, relève du miracle. Faut-il pour autant faire le voyage à Lourdes ?  Je ne blague pas, vous avez tous vu récemment un grand sportif  cent fois médaillé retirer son slip pour traverser nu tout Paris afin d’attirer l’attention d’un équipementier.


C’est triste d’en arriver là et bigrement courageux de sa part.

Face à une telle situation, faut-il imaginer le pire à poil, dans une surenchère de records tordus pour attirer l’œil d’une caméra ou la curiosité foldingue d’un journaliste que la crise menace de chômage. Bref, jusqu’à présent je ne m’étais pas posé cette question, mais je dois me résoudre à faire un savant et complexe calcul pour envisager la chose. Que puis-je exhiber en échange d’une lampe frontale à pédale ou d’un mini ventilateur solaire destiné à éloigner les moustiques ? Je l’avoue, j’ai eu certaines audaces, mais pas ce courage, car les situations de crise et le manque de moyens sont des pathologies chroniques chez moi. J’y fais face depuis bien longtemps et j’ai appris avec humilité à m’en accommoder. La grande majorité de mes expéditions amazoniennes n’ont jamais bénéficié d’aide. Mes moyens ont toujours été très modestes, parfois limites. J’ai parcouru plus de kilomètres à pied, à cheval ou en pirogue que je n’en ai faits dans une jeep 4X4. Pas de tonnes de matériel, ni de gadgets inutiles. Un peu de courage et beaucoup d’endurance m’ont suffi parfois. 

Ceci-dit, ne m’imaginez pas tel un moine retranché dans son monastère, hermétique à tout contact avec l’extérieur. Je ne renierai pas de l’aide ou une collaboration qui puissent dynamiser mon projet si elles m’étaient proposées. La difficulté pour les gens de terrain, et c’est mon cas je dois l’avouer, nous ne savons pas à qui nous adresser et comment faire exactement nous vendre.

Les éditeurs restent muets à nos sollicitations, les sociétés susceptibles de médiatiser notre aventure sont compliquées à convaincre.  Alors devant de telles perspectives, je sais par expérience qu’il ne faut pas trop compter sur les autres pour avancer et que le premier pas, c’est celui que l’on doit faire soi- même…


J’ai une confiance aveugle dans mon projet parce qu’il est le fruit de 40 années de travail au quotidien et que l’expérience à laquelle je veux me livrer maintenant est unique en son genre sur la planète. Personne n’a  jamais étudié avec une telle rage et une telle ardeur l’influence des paysages du Mato Grosso sur les populations préhistoriques dans leurs longues migrations. La découverte d’un corridor d’une telle ampleur et son cortège d’abris richement décorés, dont celui de Santa Elina daté de 20 000 ans, est assez

exceptionnelle. J’en suis fier et je poursuivrai donc, « malgré la crise », mon projet « Alvorada ». Je veux retrouver le regard porté sur ces paysages par les premiers nomades qui aux temps préhistoriques ont découvert et exploré ce couloir en suivant la bordure des plateaux tabulaires du Mato Grosso entre les bassins de l’Amazone et du Paraguay.  En ces temps là, les déplacements terrestres étaient avant tout une conquête de l’œil sur les horizons de paysages qui devenaient une donnée géographique évidente et essentielle.

Inventorier ses paysages et les vestiges de sa colonisation, voila l’extraordinaire et belle aventure à laquelle je veux me livrer, avec… ou sans aide.


Par Jean - Publié dans : aventure
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Samedi 11 avril 2009

 

 

C’est bientôt au Brésil la journée nationale « do índio » , vous avez tous traduit « de l’indien ». L’occasion de se questionner sur ce peuple qui 200 siècles avant Christophe Colomb, occupa le continent américain.  Les peintures et les gravures rupestres qui ornent les abris du Mato Grosso au Brésil attestent de cette invasion préhistorique ancienne.

A l’arrivée des Conquistadors espagnols et portugais, le continent sud-américain comptait de nombreuses tribus disséminées sur tout le territoire avec des niveaux culturels très variés. Les indiens de la grande plaine amazonienne restèrent des chasseurs cueilleurs jusqu’à leur découverte par les européens. Compte tenu de leur mode de vie semi nomade, ils ne nous laissèrent que peu de vestiges. Dans la Cordillère des Andes, les riches civilisations incas retranchées dans des forteresses imprenables furent anéanties sans pitié par les Espagnols.

Cinq millions d’indiens divisés en 900 ethnies occupaient le Brésil lorsque les Portugais y débarquèrent en l’an 1500. Les dernières grandes nations indiennes se localisaient au Mato Grosso. Aujourd’hui on ne compte plus que 200 000 individus sur tout le territoire. Avec le déboisement de la forêt amazonienne, leur chance de survie diminue de jour en jour, par la disparition de leur habitat. Combien de tribus restent sans aucun contact avec notre civilisation ? Peut-être quarante dispersées dans les parties les plus difficiles d’accès de la forêt amazonienne, quelque part sur les frontières avec le Pérou et la Colombie.


A l’occasion de cette journée destinée à rappeler à chaque brésilien que les indiens sont leurs ancêtres communs, je voudrais saluer mes deux petits-enfants brésiliens, Patrick et Safira, dont leur sang maternel est indien de pure race. Evoquer les indiens, c’est faire remonter des souvenirs en masse. Les premiers que j’ai rencontrés sont ceux de Guyane Française sur le Haut Itani, puis quelques mois plus tard au Mato Grosso, les Bororos. Leur aide dans mes recherches me fut précieuse et l’amitié qu’ils me portèrent sans limites. Paix à l’âme du vieux chef indien Enrique du village de Jarudore qui me recevait toujours assis sur une natte, les jambes croisées en murmurant une incantation rythmée par des maracas. Dans les années 70, son fils Luis me fit membre de leur clan, celui des «  Meriri-curireu » au cours d’une cérémonie traditionnelle pleine d’émotion.

 Et comment, en ce jour anniversaire, ne pas évoquer les indiens « Lèvre de Bois » dont j’ai partagé la vie durant plusieurs mois sur les rives du rio Arinos. On passait d’heure en heure, des rires à la méfiance. J’éprouve aussi beaucoup de nostalgie pour les moments vécus chez les Indiens géants Kreenakaroré et les Nambikwara de Lévi-Strauss pour qui j’ai offert avec le concours de l’Ambassade de France une école toute neuve dans le village de Tubarão.

En 1987, j’ai tenté de dynamiser un échange entre cette école indienne Nambikwara et une classe française. Hélas nos intermédiaires n’ont pas joué le jeu et le courrier n’a jamais abouti. Ce fut une grande déception.


Le temps a passé et quarante ans se sont déjà écoulés depuis cette expédition de premier contact avec les indiens à plateau. C’était en 1969. Je me pose souvent la question de savoir ce qu’ils sont devenus et l’idée d’aller à leur rencontre avec mes photos à la main me taraude. Retrouver « Beição, Cricri … » bavarder sur cette étonnante rencontre, savoir comment ils l’ont réellement vécu de leur côté, connaître leurs descendants et rire encore ensemble de ces moments si forts, si intenses qui ont mêlé nos vies, nous avions 20 ans… Ah !... Si je pouvais soudainement retourner en arrière, me retrouver là-bas sur les rios Xingu ou Peixoto de Azevedo et m’allonger dans vos hamacs au cœur de la forêt amazonienne pour écouter le son lourd des flûtes géantes ou la pluie tambouriner sur le feuillage… Dommage que la piste des grottes ornées ne croise pas votre chemin. Les blancs vous ont si profondément repoussés dans la profondeur de la forêt tropicale sud-américaine. Ma consolation est que je m’obstine à reconstruire votre histoire et le cheminement de vos ancêtres jusqu’à la forêt amazonienne.
 

Par Jean - Publié dans : population
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Vendredi 20 mars 2009

 

Avec le développement agricole et une occupation intensive des espaces vierges, le Mato Grosso se peuple et les zones autrefois isolées deviennent plus faciles d’accès. De ce fait, mes missions d’explorations requièrent moins de logistique. Il n’en fût pas toujours ainsi. Mes premières expéditions organisées à partir de Cuiabá me prenaient plusieurs semaines. Des problèmes de ravitaillement se posaient. Je n’avais pas les moyens d’engager plusieurs porteurs pour charrier
matériel et vivre. Il n’en était d’ailleurs pas question car mes découvertes devaient rester secrètes.

Cela devenait un casse-tête et je partais souvent seul ou
 accompagné d’une ou deux personnes au maximum. De ce fait, il ne nous était pas possible de transporter le matériel et la nourriture pour plusieurs semaines d’isolement. J’avais deux solutions pour y remédier. La première, la plus facile : réduire le ravitaillement en sautant des repas (celle-ci fut la plus souvent utilisée). La seconde : celle d’un lâcher aérien lorsque la durée du séjour dépassait une dizaine de jours et s’effectuait dans une zone où tout atterrissage était impossible. C’était une solution pratique mais coûteuse, présentant quelques inconvénients. Je ne récupérais le plus souvent qu’un quart des provisions. Le reste se perdait en forêt en raison d’une mauvaise coordination entre le pilote et moi-même. N’ayant aucun moyen radio pour communiquer, nous étions obligés de fixer à l’avance les points de ravitaillement, ainsi que le jour et l’heure du rendez-vous. Hélas, cela ne fonctionnait pas toujours car dans la plupart des cas, je n’arrivais pas à temps au lieu fixé (retenu par des contraintes géographiques dans l’impossibilité de l’atteindre). Comme nous ne possédions pas de parachute, les vivres m’étaient lancées en vrac au passage de l’avion qui rasait la cime des arbres. Le lâcher se faisait ainsi pour éviter que les gros paquets ne restent accrochés dans les branches des arbres. En arrivant au sol tout se plantait dans l’épaisse végétation ! Le bruit de l’avion qui s’éloignait après un largage raté m’a souvent donné des frissons. Aujourd’hui des pistes de ferme sillonnent une grande partie du territoire que couvrent mes travaux. Elles ouvrent désormais un passage et facilitent une grande expédition terrestre sur la piste des grottes ornées. C’est l’objectif du projet « Alvorada ». Expérimenter le fil d’Ariane que constituent les reliefs formés par les versants Sud des plateaux tabulaires séparant les bassins de l’Amazone et du Paraguay.


Par Jean - Publié dans : aventure
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Lundi 23 février 2009

 

 









 Il y a longtemps que je ne vous ai pas écrit. Cela est dû à ma charge de travail qui augmente à l’approche de mon départ au Brésil. Vous connaissez mon projet « Alvorada » : expérimenter et suivre au plus près un couloir de migration préhistorique à la lisière entre les bassins de l’Amazone et du Paraguay au Mato Grosso sur une distance de 3000km. Couloir que j’ai identifié en 1984 et jalonné d’abris préhistoriques peints ou gravés. Dans la préparation minutieuse de ce projet, j’ai eu recours aux images de Google Earth. Elles sont d’une grande précision dans cette région centrale du continent sud-américain. Grâce à cet outil incontournable pour tout géographe, j’obtiens des images en 3D qui illustrent bien toute l’originalité des paysages formés par la cassure tectonique qui sépare ces deux grands bassins hydrographiques. Paysages qui forment un fil d’Ariane et ouvrent une voie naturelle toute tracée en reliant les derniers contreforts orientaux des Andes au centre du sous-continent américain. Voici quelques clichés extraits de cette région. Certaines images ressemblent étrangement à des œuvres d’art.

















 

Par Jean - Publié dans : paysage
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Mardi 20 janvier 2009
Je vous l'avais promis, voici le deuxième  film tourné en Amazonie dans les années 1970. Les premières séquences rescapées de l'enfer amazonien étaient celles tournées en Guyane. Voici les autres, réalisées durant mes premières années passées au Mato Grosso après une brève escale à Rio de Janeiro.


                                       
                                             

Lèvre de Bois
envoyé par Jeanperie



 
                                         
Par Jean - Publié dans : aventure
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Mardi 30 décembre 2008

Chers amis visiteurs, vous avez été des milliers des 4 coins du monde à découvrir mon blog et à porter un intérêt à mes recherches. Je vous en remercie de tout coeur et espère que l'année 2009 vous emmènera avec moi sur la piste des grottes ornées d'Amazonie. Tels sont mes souhaits pour l'an nouveau, que nous puissions nous retrouver réunis dans une même aventure de chaque côté de l'écran. Que 2009 vous apporte beaucoup de joie et d'espoir.

Par Jean
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Mardi 30 décembre 2008

extrait manuscrit Jean Périé « Lèvre de Bois »



 

A parcourir le labyrinthe que formaient les vallées, les bordures échancrées des plateaux tabulaires et les multiples réseaux de rivières qui desservent les bassins de l'Amazone et du Paraguai, je m'interrogeais sur le chemin que les peuples indiens avaient pu emprunter pour atteindre jadis le Mato Grosso. Même muni de cartes et guidé par des pisteurs expérimentés, j'avais beaucoup de mal à ne pas m'y perdre. Alors, par quels chemins secrets ces peuples pré­colombiens avaient-ils atteint le centre du continent depuis le versant oriental des Andes? Pour tenter d'y répondre, j'avais fait le voyage jusqu'aux Andes avec les moyens du bord à partir de Cuiabá. Un trajet long et éprouvant en pleine révolution bolivienne. Des milliers de kilomètres en autocar, en train, puis en camion sur l’Altiplano jusqu'à  Machu Picchu.

            Au retour, j'étais convaincu qu'un passage naturel reliait les contrefort andin au Mato Grosso et s’engouffrait ensuite dans l’immense Brésil. Si cette hypothèse tenait debout, des vestiges, des grottes et des abris ornés par ces populations préhistoriques devraient alors en baliser le tracé au Mato Grosso. Un inventaire du patrimoine archéologique s'imposait. Au début des années 70, je m’étais jeté dans cette aventure car rien n'avait été mené dans ce domaine.
Le Mato Grosso n'avait pas d'histoire, pas de passé ancien. Il était né de l'imagination des Bandeirantes au 17ème siècle et nul ne s'en étonnait,  pas la moindre interrogation sur les périodes qui avaient précédé leur arrivée. L'origine des peuples indiens, leur provenance, les vestiges de leur longue saga relevaient du mystère le plus pur.





           
Je fonctionnais comme un garimpeiro, quand une idée germait dans ma tête je prenais aussitôt le chemin de la brousse. Ma première tâche avait été de glaner suffisamment d'informations précises sur les régions qui m'intéressaient. Pour cette tâche j’avais traversé le pays de long en large sur des pistes de fortune rien que pour questionner les passager, dans les autocars, les bars, les bordels...

            J'avais également entamé des recherches bibliographiques et cartographiques à partir de documents anciens.

 
          
J'orientais mes premières explorations sur les Chapadas dos Guimaraes, dos Parecis et de Sao Jéronimo. Accéder au pied de ces falaises est un véritable parcours du combattant. La forêt toujours aussi fascinante au premier contact devient vite monotone. Presque languissante. On y devine une vie grouillante. Mais elle la tient invisible. Secrète. Les grands coups de sabre d'abattis que lancent mes pisteurs pour ouvrir une brèche dans la végétation font fuir les gros mammifères. Quant aux oiseaux, ils ne descendent que rarement aux étages inférieurs du sous-bois. Ils préfèrent les frondaisons. La chaleur ambiante y maintient les insectes dont ils se nourrissent. Les animaux les plus difficiles à déceler sont les reptiles



enfouis dans l'imbroglio de plantes basses. Racines rampantes, feuilles mortes, mousses, jeunes pousses. Biotope impossible à inspecter. Tous nos sens doivent être en éveil. Il faut regarder où poser les pieds sans pour autant perdre de vue le sentier toujours difficile à repérer. Son ouverture, sa pénétration, son balisage demandent une grande concentration. Une bonne dose d'énergie et d'endurance également. C'est un exercice épuisant; certains le considéreraient comme un exploit ou un défi sportif. Pour moi, il ne représentait pas une réelle aventure dont je pourrais me rassasier indéfiniment, mais un travail de forçat indispensable, juste une étape à franchir. Ma curiosité, exigeante et capricieuse, réclamait des émotions plus authentiques. Toujours à l'affùt d'un paysage lointain, elle se projetait inexorablement sur l'horizon. Elle et moi étions persuadés que cette frontière recélait tous les trésors du Monde. Ma curiosité m'avait attiré au Mato Grosso à la rencontre de civilisations primitives, maintenant elle me poussait à rechercher leurs vestiges passés.

Dans cette perspective, je commençais à souffrir de tout ce qui pouvait constituer une barrière sur mon chemin, une entrave à mon avancée.La jungle en était une.

            Pour me rapprocher des falaises, j'emprunte avec beaucoup de précautions le passage naturel le plus indiqué. Souvent, le lit asséché d'un petit ruisseau. Là, des bouquets de bambous forment un embryon de tunnel sous lequel on peut tout juste ramper. Le climat y est torride. Pas le moindre souffle d'air. Il faut crapahuter plusieurs heures dans cette galerie végétale. Boyau aux multiples méandres sans aucune échappatoire. Enfermés, condamnés à suivre son cours. De nombreuses empreintes d'animaux encore fraîches sont imprimées dans le sol humide; traces de tapirs, de jaguars, de rongeurs en quête de minuscules flaques d'eau. La végétation est par endroit si dense qu'il y fait presque nuit comme si le jour ne s'était jamais levé. Soudain la pente s'accentue, grimpe presqu'à la verticale. La lumière s'intensifie, devient aveuglante. Le plafond de feuillages s'aère et au travers des branchages, on entrevoit les parois rocheuses dressées en paravents si abrupts qu'il est impossible de sonder leur sommet. Vidé de toute énergie, on parvient enfin au pied de la falaise.

            En m'extirpant de la selva, j'éprouvais toujours un sentiment de liberté. Le champ visuel s'agrandissait enfin, l'air était plus respirable.

            Le pied des falaises est un endroit sauvage. Somptueux. Je n'ai qu'une  hâte: palper cette muraille pour m'assurer qu'elle est là, bien vivante devant moi. Tandis que mes guides se glissent le long de la paroi à la recherche d'un gibier, je grimpe par des éboulis, le plus haut possible dans l'espoir de m'affranchir de la forêt et d'y découvrir un panorama plus élargi. De là-haut le spectacle en vaut la peine. Forêt et savane mêlées forment une mer verte moutonneuse à l'infini. Assis sur un promontoire, je m'imprègne lentement et gravement de ce paysage grandiose. La falaise constitue l'armature principale. Architecture géologique lestée d'éternité qui reste à explorer. Dans la brume de chaleur qui fait onduler sa silhouette bleutée sur l'horizon, je cherche des porches, des failles et des petites entrées de grottes difficiles à sonder à cause des ombres trop crues plaquées par un soleil à l'aplomb. Ce décor m'ensorcèle...

            C'est ainsi qu'un jour la préhistoire du Mato Grosso a surgi devant moi. Je me glissais le long d'une paroi rocheuse lorsque des pigments rouges attirent mon regard. Je repère aussitôt les premières peintures, les premiers dessins. Je remarque une scène de chasse, un homme armé d'un arc fait face à un animal, plus en avant un autre personnage tient une lance. Sur une corniche, de petits bonshommes se tiennent par la main en farandole. Sur la gauche, un peu à l'écart, un personnage entouré d'oiseaux.

Plus loin, d’étranges empreintes de pas sur la paroi verticale rappelle que la plateau s’est jadis effondré. Ce sont les empreintes laissées par une famille de Lama major, les premiers mammifères après les dinosaures. Elles sont là depuis plus de 30 million d’années… Ca me fait sourire.

Par Jean - Publié dans : aventure
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Mercredi 3 décembre 2008

 

Je vous ai déjà maintes fois parlé de l’art rupestre des cavernes et abris ornés du Mato Grosso au Brésil. Le Mato Grosso, pour ceux qui découvrent mon blog, est cet Etat brésilien qui fait frontière avec la Bolivie, situé au centre du continent sud-américain. Là-bas, je m’intéresse depuis des années à l’influence des paysages sur les mouvements migratoires préhistoriques qui ont conquis il y a des milliers d’années cet espace géographique.

Sur les parois des abris, deux formes d’expression s’opposent : les peintures et les gravures. Rarement, elles sont associées sur un même site, mais cela arrive. Intéressons nous aujourd’hui principalement aux abris ornés de gravures. Moins spectaculaires que les peintures, les gravures nous réservent de belles surprises. Le site d’art rupestre du Mato Grosso le plus important est celui de  Janela. Au pied d’une immense falaise de grès, les gravures s’étendent sur plusieurs dizaines de mètres de longueur et jusqu’à trois à quatre mètres de hauteur. Plusieurs milliers de motifs imbriqués les un dans les autres. On peut identifier des représentations humaines, quelques animaux et de nombreuses étoiles. Le ciel avait une grande importance pour les peuples qui ont gravé cet abri. On peut même y déceler une comète. J’ai questionné à ce sujet les derniers indiens Bororos qui ont investi cette région et qui l’occupaient encore il y a une vingtaine d’années. Cela ne fait aucun doute, les représentations stellaires de l’abri Janela prouve que leurs auteurs avaient une grande connaissance du ciel.

Plusieurs abris proches appartenant au même complexe de reliefs sont également ornés de gravures.

L’autre site rupestre comportant une multitude de signes et quelques représentations humaines très intéressantes est Tapera, proche d’un village de « garimpeiros » (chercheurs d’or). Nous sommes ici dans une région diamantifère. Ici, les chercheurs de diamants travaillent dans le fond des rivières avec des scaphandres. L’abri  Tapera  compte de belles images avec une tentative de portrait.

L’incontournable abri en matière de gravure, c’est Rapadura. Une petite faille dans une falaise. Sur la gauche de l’abri, un panneau de signes très singuliers.

Enfin la caverne de Cabeceira Verde avec ses niches décorées. Hélas, le grès fragile et friable de la majorité des abris se dégrade avec l’usure du temps faisant disparaître quelques motifs. Protégés par la forêt vierge durant des millénaires, le déboisement mettant à nu chaque jour de nouvelles parcelles de terre, a révélé progressivement l’existence de ces abris à une population qui les découvre sans connaissance du sujet. Leur imaginaire, leur soif de trésor englouti et leur ignorance sont une menace supplémentaire pour ces vestiges déjà exposés aux aléas du temps et des brûlis.

 

Vous voyez, il y a tant à dire et à faire pour protéger ce patrimoine géographique et paléo-culturel sur la piste des grottes ornées d’Amazonie au Mato Grosso. Il reste encore  tellement d’abris à découvrir avant que les derniers lambaux de forêt vierge ne partent en fumée pour laisser place au coton ou au soja.

Bon je vous laisse, j’y retourne…

Par Jean - Publié dans : Art rupestre
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Dimanche 23 novembre 2008

 

Une descente « aux enfers » à ne pas manquer

Une grande page d’exploration souterraine à lire dans le blog de mon ami artiste peintre et aquarelliste Alain Marc, (Aquarelle-en-voyage). Il nous entraîne avec ses pinceaux jusque dans les dangereux abîmes de l’Aven Noir et nous fait vivre le récit palpitant d’une grande première : l’exploration de la Galerie du Marocain, le tout agrémenté de sublimes aquarelles et photos. Bravo pour ton courage, ton audace et ta ténacité.

De notre berceau africain, chaque nouveau pas arraché sur notre planète depuis l’aube des temps l’a été par des hommes comme toi. Merci, j’ attends la suite …

 

 

Avec mon ami d'enfance Alain Marc, en pleine discussion sur l'Aven Noir et le Mato Grosso.

Par Jean - Publié dans : aventure
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Présentation

  • : Le blog de Jean Périé
  • chasseurdhorizons
  • : Chasseur d'horizons, diplômé de Préhistoire à l'Ecole Pratique des Hautes Etudes. Projet d'un voyage en roulotte sur la piste des grottes ornées d'Amazonie, au Mato Grosso,(Brésil) pour dresser un inventaire photographique unique des paysages et des vestiges témoins d'une occupation vieille de 20 000 ans.
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 mon frère Louis

Publications

La nuit des Hommes-jaguars
Un roman pour les jeunes à lire en direct

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"Tout l'or de l'Eldorado" Georges Pommot. Récit recueilli par Jean Périé Editions Robert Laffont 1978. (Epuisé, en vente sur eBay)
 























"Ces merveilleux fous de la vocation" Anne-Marie Raimond; Editions Robert Laffont 1979.(Un chapitre "Le paysan des tropiques" est réservé aux travaux de Jean Périé)
 























"Découverte de l'Aventure" Editions Gallimard 1990. Les pages 108 et 109 sont consacrées à Jean Périé.

























De nombreux articles de Presse ont également été consacrés aux travaux de Jean Périé

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