Dimanche 4 septembre 2011 7 04 /09 /Sep /2011 21:30

En 1969,

les Américains faisaient leurs premiers pas sur la Lune dans une vaste plaine caillouteuse triste à mourir. Cette exploration symbolisait en quelque sorte la fin de l'exploration de notre bonne vieille planète Terre. Plus rien à voir, plus rien à découvrir qui en vaille la peine, semblait-il. L'espace intersidéral devenait notre nouveau terrain d'exploration et de conquête. La grande question était de savoir si nous étions les seuls humains de l'Univers.

En 2010,

quarante ans ont passé. Sur notre planète, la forêt recule, les dernières nations indiennes d'Amazonie intégrent peu à peu la modernité et leur héritage culturel se meurt dans une grande indifférence générale.

Pourtant dans l'immensité brésilienne du Mato Grosso, à la lisière entre les bassins de l'Amazone et du Paraguai, les derniers arpents de forêt primaire détiennent un secret gardé depuis 25 millénaires...

Depuis mon premier face à face avec un site d'art rupestre au Mato Grosso, je n'ai cessé de m'intéresser à la préhistoire de cette contrée centrale du continent sud-américain. J'y ai même consacré mon temps, ma passion bref ma vie sans aucune contrepartie ni reconnaissance pour le travail accompli.

Mon film "La piste des grottes ornées d'Amazonie" donne un aperçu de mon engagement personnel et dévoile pour la première fois des images filmées des plus beaux sites d'art rupestre du Mato Grosso.

Même si je ne vous livre là qu'un petit extrait, on comprend vite que le patrimoine géographique et paléoculturel du Mato Grosso est d'une exceptionnelle beauté.

Dommage qu'on ne lui donne pas l'attention qu'il mérite. Jamais le monde scientifique auquel je l'ai livré ne m'en a manifesté une quelconque reconnaissance.

Ma vie est de celle-là, sans valeur pour les autres, mais trop passionnante pour l'abandonner.

Par Jean - Publié dans : Art rupestre
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Dimanche 24 juillet 2011 7 24 /07 /Juil /2011 17:08

La centaine de reliefs qui forment la ligne de crête entre les bassins de l'Amazone au Nord et du Paraguay au Sud ont offert un axe de migrations préhistoriques incontestable. De nombreux abris ornés en témoignent. Pas étonnant, car les paysages que dessine la cassure tectonique vieille de 5 millions d'années sont de toute beauté. Loin, très loin des sentiers battus et difficiles à atteindre par la complexité des pistes qui aboutissent dans des fermes isolées, ces paysages n'en restent pas moins d'une attrayante beauté par leur caractère sauvage. Paysages délaissés par l'homme moderne à cause de leur topographie tourmentée incompatible avec l'agriculture, ils abritent les derniers vestiges de la forêt primaire.

    St Elina 4

 

C'est là, dans ces lambeaux de végétation encore vierges que se réfugient les espèces animales délogées des plateaux par le déboisement intensif. Jaguars, loups, serpents et tapirs s'y concentrent et rendent ces régions bien plus dangereuses qu'elles n'étaient auparavant. Il faut les pénétrer une extrême prudence et bien équipés. Mes pisteurs et moi-même prenons toutes les précautions qu'elles exigent. Cependant nous n'y voyageons jamais armés : c'est une règle que mes pisteurs connaissent bien. D'ailleurs, depuis une dizaine d'années, il n'ont plus le droit de chasser. Notre seul objectif est d'observer la majestuosité de ces paysages et de repérer les liens visuels qui permettent de passer d'un relief à l'autre. Un travail ardu, épuisant mais qui nous guide au coeur de panoramas uniques, dont nous sommes les premiers  ébahis .

 

Sra ST Barbara 2

 

Sra Petrovina 1

 

      Mo Tres Irmaos 3

 

    

Par Jean - Publié dans : paysage
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Mercredi 13 avril 2011 3 13 /04 /Avr /2011 14:03

 Xavier panoramique

 

Situé dans le massif de la Chapada dos Guimarães à l'est de la capitale du Mato Grosso Cuiabá, cet abri est cependant très difficile d'accès. Je l'ai découvert au cour d'une expédition de prospection en 1979. L'abri de Xavier est surplombé par une falaise d'une centaine de mètres de hauteur et curieusement placé entre deux cascades qui tombent du haut de la falaise avec un débit d'eau à toutes saisons.

Le panneau de peintures mesure une trentaine de mètres de longueur. Plus de cent cinquante motifs ornent la parois. On peut y remarquer des personnages et quelques animaux principalement des oiseaux. Des dessins géométriques accompagnent horizontalement les strates de la roche.

 

plan de Xavier

Par Jean - Publié dans : Art rupestre
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Lundi 21 février 2011 1 21 /02 /Fév /2011 18:54

Pano Santa Barbara 7  

 

Il est curieux de constater que seuls les géographes ou les architectes s'intéressent au paysage. (Paysage en temps qu'étendue de pays que l'on voit d'un seul aspect) Les préhistoriens ne s'expriment que rarement sur ce sujet. Ce paysage qui est pourtant omniprésent dans la vie des nomades chasseurs-cueilleurs n'a jamais été étudié pour l'influence qu'il aurait pu avoir dans leurs longues migrations terrestres. C'est une aberration. Au Mato Grosso, les paysages apportent un début d'analyse.

Les préhistoriens nous rabâchent que le nomadisme est dicté par le besoin impératif et universel de trouver la nourriture et les matières premières dispersées dans la nature. C'est une évidence, bien sûr, mais faut-il comprendre que les troupeaux de grands mammifères ou les champs de framboises sauvages auraient été les principaux facteurs de la répartition des hommes sur les continents. Ce serait ignorer que le paysage, « source d'informations », put être aussi « source d'émotion », autrement dit, le « paysage surpermarché » dans lequel nos paléo-indiens faisaient leurs courses servit aussi, par son extrême beauté, d' office du tourisme ? Vue sous cet angle, la question peut prêter à sourire mais on ne peut pas ignorer que la géomorphologie de la surface de la terre a créé sur chaque continent un labyrinthe de vallées et de reliefs complexes à franchir pour des hommes ne possédant aucune vision aérienne des lieux investis. C'est donc par le « paysage » que les nomades accèdent à des territoires inconnus et par le même « paysage » qu'ils dérivent lentement vers de nouveaux horizons. Au Mato Grosso, la chaîne de reliefs qui séparent les bassins de l'Amazone au Nord et le bassin du Paraguai-Parana au Sud, est l'un de ces « courants paysagers » qui tel un « fil d'Ariane » permit de franchir le labyrinthe jusqu'au centre du pays.

Ces paléo-indiens, aussi préhistoriques soient-ils, n'étaient pas que des ventres, ils étaient aussi dotés d'un cerveau comparable au nôtre et donc capables des plus sensibles émotions face au paysage.

Serait-il déraisonnable de croire que la beauté des paysages dans lesquels évoluaient les nomades à la quête de nourriture n'ait jamais détourné leur attention et par conséquent influencé leurs longs cheminements migratoires?

Par Jean - Publié dans : paysage
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Lundi 14 février 2011 1 14 /02 /Fév /2011 10:09

 

A quand un grand mecène pour m'aider à préserver le plus beau

des couloirs de migrations préhistoriques sud-américain?

 

Pano Santa Barbara 1  

 

La cassure tectonique qui sépare au Mato Grosso (Brésil) les bassins de l'Amazone et du Paraguai-Parana a offert un réel passage aux populations préhistoriques qui ont colonisé cette région centrale du continent sud-américain.

Les nombreuses peintures et gravures rupestres laissées sur les parois des abris et des cavernes témoignent de cette occupation. L'Abri de Santa Elina que j'ai découvert en 1981 et dont la présence humaine a été datée de 25 000 ans apporte la confirmation d'une occupation plus ancienne qu'on ne l'imaginait.

Les paysages responsables de cette ocupation sont aujourd'hui menacés par la mise en culture de nouvelles parcelles de forêt. Seul les secteurs les plus accidentés échappent au déboisement.

Cela représente une bande de terre large entre 3 et 15 km de part et d'autre de cette cassure. C'est là, sur cet espace géographique que j'ai identifié comme un couloir de migrations préhistoriques diffuseur et fixateur de cultures paléo-indiennes, que j'ai localisé la majorité des abris ornés.

(Note de Jean Périé et Agueda Vialou, présentée par le Professeur Y.Coppens à l'Académie des Sciences de Paris en 1984)

Mes seuls moyens ne suffisent plus aujourd'hui pour poursuivre l'exploration de ce couloir long de 3000 km depuis la frontière bolivienne à l'Etat voisin de Goias. Je souhaiterais l'appui d'un sponsor pour engager avec la collaboration des autorités locales un grand programme de sauvegarde de ce patrimoine au travers de micro-conférences dans les villages traversés, d'expositions et de publications diverses.

Contactez-moi pour sauver les plus beaux paysages et les précieux vestiges des plus anciens habitants du continent sud-américain.

 

  Pano Sao Lucas 1

Par Jean - Publié dans : exploration
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Mardi 19 octobre 2010 2 19 /10 /Oct /2010 10:22

                  Santa Elina 2010 4  Serra das Araras

 

Me voici de nouveau pour un certain temps à Paris pour faire un point sur la mission précédente : classer des milliers de clichés et monter tant bien que mal un film sur la piste des grottes ornées d'Amazonie. Beaucoup de travail qu'il me faut partager avec d'autres occupations destinées à assurer l'alimentaire et réunir quelques moyens pour les prochaines missions. Dès l'aube, tri de clichés, comparaison des photos anciennes avec des images plus récentes pour évaluer les dégradations survenues sur les abris, puis une journée de petits boulots de bricolages pour financer le quotidien et le soir, à nouveau le travail de montage du film jusqu'à la nuit. Des journées bien chargées...

La comparaison des clichés laborieuse et minutieuse révèle une rapide dégradation des peintures et des gravures. A ce rythme l'art rupestre est menacé de disparition à court terme. Santa Elina n'est pas épargné, la roche s'écaille et ses peintures s'estompent. Les termites on tracé des sillons sur le personnage principal.

Santa Elina 2010 1  

 

Je n'étais pas retourné sur cet abri depuis que je l'avais livré à l'équipe franco-brésilienne qui s'est chargé des fouilles durant 10 ans et l'envie de le revoir me brûlait les tripes.

Le propriétaire de la fazenda sur laquelle se trouve cet abri met son 4X4 à disposition. Pour accéder aux peintures, il faut traverser des prairies et longer des forêts sur des sentiers étroits qui ne sont pas praticables avec un véhicule commun. Deux péons nous accompagnent. Le dernière partie du chemin se fait à pied, on traverse une prairie aux herbes hautes, puis on pénètre dans le sous-bois sur une centaine de mètres pour aboutir au pied d'une falaise. C'est là que l'on peut apercevoir les premiers motifs peints. Un grand personnage entouré d'animaux . Le long d'une corniche surplombante, d'autres motifs, des cervidés et des oiseaux. Santa Elina 2010 2Au niveau du sol un énorme rocher en face de la falaise forme une sorte de couloir. Côté falaise des dessins représentant des singes, des tapirs et d'autres dessins ornent la paroi. Les fouilles ont creusé le niveau du sol sur plusieurs mètres de hauteur, des bâches recouvrent encore les vestiges et des fils tendus d'un bout à l'autre du site sont les seuls vestiges du chantier désormais terminé.

Je suis ému car je me revois encore arriver ici il y a 25 ans déjà. Nous étions un dimanche et j'étais accompagné des personnes qui travaillaient jadis à la ferme. Tous étaient curieux de voir ces peintures préhistoriques dont je leur avais tant parlé, tenant l'information d'un vieux chasseur qui m'avait mis sur la piste. Les éléments que je possédais étaient maigres, mais la chance m'avait souri. Nous étions restés tout un après midi à détailler les motifs, criant de joie à chaque nouvelle trouvaille.Vingt-cinq ans après, les Santa Elina 2010 3mêmes cris d'émerveillement des deux jeunes péons qui m'accompagnaient. Chaque nouveau motif identifié les ravissait d'enthousiasme et leur curiosité était sans limite, ils m'assaillaient de questions.

Santa Elina avait subi une une fouille en règle avec une datation officielle qui surprend par son ancienneté

Il y a 25 000 ans des hommes et des femmes vivaient ici. Si une machine à remonter le temps pouvait me ramener à cette lointaine époque, j'aurais volontiers fait le voyage pour regarder vivre ces premiers habitants du Mato Grosso, peut-être même me serais-je trouvé face à face avec un paresseux géant,. Hélas! la machine à remonter le temps n'existe pas encore et seule ma montre qui égrène le temps qui passe, celui qui nous conduit vers le futur.

Le moment était venu de quitter cet abri, toujours avec beaucoup de « saudade ».

 

Santa Elina 2010 5

Par Jean - Publié dans : Art rupestre
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Vendredi 6 août 2010 5 06 /08 /Août /2010 21:00

Localisé sur le campus de l'Université Fédérale du Mato Grosso, le Museu Rondon présente les diverses cultures indigènes amazoniennes de la région au travers d'objets; armes, parures et poteries récupérés dans les nombreuses tribus qui jadis occupaient le centre du continent sud-américain.

Beaucoup de pièces proviennent des missions de contact avec les derniers groupes indigènes.

Museu Rondon 3

En 1972, le pays ouvre ses premières routes transamazoniennes. L'une d'elles doit relier Cuiaba à Santarem sur le bord du fleuve Amazone. Dans la Serra do Cachimbo, un groupe d'indiens géants inconnus, les Krenakaroré sont découverts sur le tracé de la route. Une expédition commandée par les deux célèbres sertanistes Orlando et Claudio Vilas-Boas se prépare pour tenter un contact avec cette tribu. J'accompagne un cameraman de la TV locale qui interviewer Orlando Vilas-Boas dans la jungle. Nous avons rendez-vous sur une piste que notre pilote a eu beaucoup de mal à localiser et sur laquelle notre petit avion se pose roue bloquées pour ne pas se planter dans la forêt. Durant les quelques instants que nous passons avec le sertanista, une forte pluie détrempe la piste. Au moment de retourner, le pilote refuse de décoller avec deux passagers. Je suis débarqué au beau milieu de la jungle quelque part sur la berge du Rio Peixoto de Azevedo et je n'ai pas d'autre choix que de me joindre à l'expédition des frères Vilas-Boas.

Museu Rondon 2Je m'en souviens encore comme si c'était hier. Au passage des cascades il fallait abattre de nouveaux arbres et construire de nouvelles pirogues. Leur poids ne nous permettait pas de leur faire franchir des rapides. Puis nous avons construit un campement. Il y eu cette interminable attente, Les crises de malaria, les phases d'approche et enfin le contact tout en délicatesse et méfiance. Bref, vînt enfin le jour du retour vers notre civilisation. Lorsque ce fut mon tour, J'étais le seul à retourner à Cuiaba, les autres membres de l'équipe prenaient d'autres destinations, Orlando se tourna vers moi et me confia un énorme fagot ligoté par une liane, destiné au Musée Rondon qui venait de s'ouvrir à l'Université Fédérale du Mato Grosso à Cuiaba. Il avait soigneusement sélectionné des arcs, des flèches et des massues récupérés au cours de notre expédition. Un petit avion entoîlé de l'armée brésilenne était venu me récupérr. L'espace à bord était des plus exigü, juste prévu pour le pilote à l'avant et un passager à l'arrière. J'eu beaucoup de mal à m'installer

 

Museu Rondon 1

dans cet appareil avec mon ballot de flèches et de massues aussi grandes que moi, mais j'accomplis ma mission avec fierté. J'avais déjà rapporté quelques pièces d'une expédition précédente avec les indiens  Beiço de Pau , des indiens avec la lèvre inférieure étirée par un plateau de bois.

En visitant le Musée Rondon le 2 Août dernier j'y rencontre Merireu, un ami indigéniste qui y travaille bénévolement. C'est la semaine de l'Indien et je suis venu assister à la projection d'un film. Nous échangeons divers points de vue et parlons de nos expériences respectives. Au cours de la conversation, je lui demande où sont les objets que j'avais rapportés. Aussitôt, il m'ouvre les réserves du Musée et quelle ne fût pas ma surprise de revoir les énormes massues et les arcs que j'avais eus tant de mal à faire rentrer dans ce petit avion.

En revoyant ces objets que j'avais déposés ici 38 ans plus tôt, je revivais le film de cette extraordinaire aventure.

Merci Merireu, en m'ouvrant la salle des réserves du Musée où trônent tants de trésors qui paraissent venir d'un autre monde, je mesure combien ces objets qui cinquante ans plus tôt faisaient partie de la vie et de la culture vive des indiens s'amassent aujourd'hui tels des vestiges issus de fouilles archéologiques. Ils sont là alignés sur des étagères témoins de la disparition brutale des peuples auxquels ils avaient appartenus. Les massues des Krenakarorés désormais sans vie en étaient un exemple. Mais ces massues là, j'avais eu le privilège de les voir brandies par ces géants de la forêt, j'avais encore en mémoire leur odeur lorsqu'ils nous les avaient tendues d'une main hésitante ou lorsque après une tentative d'attaque avortée, nous les avions ramassées sur la piste d'envol. Ces massues, ces arcs et leurs terribles flèches crantées, nous ne sommes plus que quelques-uns à pouvoir raconter leur histoire et je suis de ceux là. Mais leur histoire avait déjà basculé dans le passé...

Par Jean - Publié dans : aventure
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Dimanche 1 août 2010 7 01 /08 /Août /2010 19:01

 

Quero agradecer a meu amigo José pelo apoio que proporciono ao meu trabalho de fotógrafias das mais lindas paísagens do Mato Grosso. José você foi um grande companheiro, o meu obrigado de coração.

 

La « Loca do Parto » c'est-à-dire l'abri de l'accouchement est appelé ainsi car au centre du panneau orné de petits motifs, l'un d'eux représente une scène d'accouchement saisissante. Ma dernière visite datait de 1984, mais à cette époque les GPS n'étaient pas utilisés couramment.

Retrouver cet abri jadis prisonnier de la forêt n'a pas été chose facile. La piste défoncée qui empruntait le lit d'un ruisseau coincée dans une forêt luxuriante n'existe plus et mes propres points de repères avec. La multiplication des fazendas et des pistes d'accès devient un casse-tête. J'ai dû m'y reprendre trois fois pour enfin localiser la région et retrouver la  Loca do Parto .

  Loca do P 1

Manuel le péon, responsable depuis 15 ans de la ferme sur laquelle se localise l'abri m'avoue n'avoir jamais remarqué les minuscules peintures préhistoriques. Je les lui montre à sa grande surprise.

Depuis ma dernière visite, 26 ans ont passé et personne n'est retourné sur ce site.

Le constat est flagrant, comme partout sur les autre régions, le déboisement est important et la majorité des abris ornés que j'ai connus protégés par la forêt sont presque tous aujourd'hui à découvert ou à la lisière des zones déboisées. Les premiers effets de la modification des couvertures végétales sont d'ordre climatique.

Les peintures des abris sont beaucoup plus exposés aux effets directs et indirects des Loca do P 5

 rayonnements solaires et des pluies tropicales qui viennent désormais en giboulées et favorisent leur effacement. L'humidité relative de l'air subit elle aussi des modifications; moins de 20 % l'hiver à plus de 80% l'été. Ce contraste a des conséquences sur la texture des grès sur lesquels ont été peints les motifs par les paléo-indiens. La roche s'écaille et se désagrège.

La particularité des peintures de la Loca do Parto c'est leur taille, les plus petites de tous les abris que j'ai déjà visités. La taille moyenne des principaux motifs ne dépasse pas 8 à 10 cm, certains ne mesurent que 3 cm. La lecture des motifs est un grand instant de bonheur. En fonction de l'heure et de la position du soleil, on découvre toujours un motif qui avait échappé. La scène d'accouchement est intacte.

Loca do P 3

Malheureusement, sur la Loca do Parto où les motifs sont exceptionnellement très petits, la moindre écaille de roche qui se détache de la paroi emporte un dessin entier.

Je ne suis pas un spécialiste d'art rupestre, mon objectif premier lorsque je retourne sur un abri déjà visité dans le passé est de photographier le paysage, de relever son point GPS et de réaliser une nouvelle série de clichés pour les comparer aux clichés anciens et analyser les effets du temps.

Sur cet abri, l'érosion des motifs n'est pas encore catastrophique, mais on peut déjà noter la disparition de certains dessins et c'est avec tristesse que j'ai toujours l'impression d'être l'unique témoin de cette dégradation lente et peut-être irrémédiable.

 

Loca do P 2

 

 

Par Jean - Publié dans : Art rupestre
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Lundi 19 juillet 2010 1 19 /07 /Juil /2010 16:14

 

Dialogue avec la Serra de Santa Bárbara


Meus agradecimentos á Secretaría de Meio Ambiente e Turismo do Município de Pontes e Lacerda para ao apoio a viagem de reconhecimento da Serra de Santa Bárbara. Obrigado ao meu companheiro do dia Jovelino pelo carinho com o qual aquela viagem se tounou das mais agradaveis.

 

Santa Barbara 1

Je gardais encore dans ma mémoire sa silhouette incomparable, sa beauté brutalement sensuelle principalement lorsque les derniers rayons de soleil la couvraient d'une coiffe fauve avant de la précipiter dans les ténèbres de la nuit. Nous avions juste eu le temps d'un court dialogue, mais cela avait été suffisant pour en tomber amoureux. Je le confesse, elle m'avait envoûté et je pensais souvent à elle comme si notre rencontre interrompue par une nuit jalouse avait été brisée.

J'avais été un des premiers à la découvrir.

En 1985, une nouvelle piste s'était ouverte sur la frontière bolivienne avec le Mato Grosso. Je m'étais empressé de l'emprunter avant même qu'elle ne soit terminée. Cette nouvelle piste donnait accès à l'un des plus mystérieux reliefs du Mato Grosso, la « Serra de Santa Bárbara » le relief le plus élevé aussi du Mato Grosso. Ses premiers contreforts naissent dans une vaste plaine qui s'étale depuis la Cordillère des Andes. Telle une forteresse, la « Serra de Santa Barbara « s'élève brutalement jusqu'à 1118 m de hauteur.

La nouvelle piste s'ouvrait dans une forêt compacte et ne laissait que peu de champ de vision sur le relief que l'on devinait dans les trouées, monumental et majestueux. Vingt cinq ans plus tard, mes yeux en gardaient encore toute sa beauté sauvage et indomptable.

Je n'étais pas retourné la voir. La proximité de la frontière et tous les trafics qu'elle générait depuis m'avait maintes fois fait renoncer au voyage. Mais le désir de la retrouver, comme une personne avec laquelle j'aurais échangé des moments d'éternité, devint irrésistible; je voulais avoir un nouveau dialogue avec elle, la contempler, me laisser une fois encore envoûter par tous les mystères qu'elle gardait en elle jalousement. Je savais que des fazendas s'étaient implantées à ses pieds, mais le relief lui même avec ses cent cinquante kilomètre d'extention restait inexplorée, vierge, énigmatique et qu'il me faudrait encore attendre pour tenter de pénétrer dans l'une de ses vallées, vers des mondes inconnus.

Pour des motifs de sécurité, j'avais fais un contact avec les autorités locales de la ville de « Pontes e Lacerda » pour négocier une voiture et un « motorista » ( un chauffeur) expérimenté. J'avais analysé des images de satellites, repèré la piste que je voulais suivre et marqué des points GPS. Il ne me restait plus qu'à sauter dans dans un bus et a me préparer à dix heures de route.

Mon bus surnommé « pinga pinga » c'est-à-dire « goutte à goutte » ramasse des passagers en pagaille. Comme il n'y a plus assez de places assises, les gens s'entassent debout dans l'allée centrale avec leur baluchon. Plus nous nous rapprochons de la frontière bolivienne et plus l'influence andine est forte. Nous traversons les territoires des indiens Chiquitanos.

En fin de journée, j'arrive enfin à Pontes e Lacerda. Les autorités locales ont déjà préparé mon voyage. Je fais connaissance avec mon motorista Jovelino. Ensemble nous établissons mon parcours en tenant compte de l'orientation du relief et de la trajectoire du soleil assez basse en cette saison, puisque nous sommes en hiver.

A la première heure du jour, aprés avoir fait une courte halte sur les bord du rio Guaporé un sous-affluent de l'Amazone, nous prenons le cap sud-ouest en direction de la Serra da Borda, une grosse colline allongée à l'infini. Aprés l'avoir franchie, notre piste prend une direction plus au Sud. Sur l'horizon, une masse violacée, c'est la « Serra de Santa Barbara ». Enfin la voici, j'en ai la chair de poule.

Santa Barbara 3 Jean et Jovelino

On roule dans une vaste plaine sans végétation, le forêt a disparu au profit de paturâges investis par des centaines de zébus, tête baissée, et qui paissent sans prêter la moindre attention à la Serra de Santa Barbara dont les premières falaises tranchent sur fond de forêt vierge. Jovelino roule à belle allure, mais j'ai l'amère impression que nous n'avancons pas, j'ai hâte de me rapprocher de la  Serra, de retrouver ses contours harmonieux, d'être enfin certain que c'est bien elle qui se dresse devant mes yeux.

De gros semi-remorques transportant du bétail nous dépassent à toute vitesse en soulevant un nuage de poussière qui assombrit l'atmosphère. Leur passage incessant a déformé la surface de la piste sur des kilomètres. Des miliers de petites vaguelettes tranversales se sont creusées, transformant la surface de la piste en tôle ondulée. Sur ces portions la conduite réquiert une pratique particulière. Ne jamais utiliser le frein, piloter à une vitesse constante et serrer les dents pour ne pas se mordre la langue à chaque secousse brutale. Jovelino s'en sort très bien, malgré son handicap, un seul oeil valide, le gauche.


La Serra de Santa Barbara se rapproche à toute vitesse et nous faisons de fréquents arrêts pour l'explorer avec mes puissantes jumelles. Je la caresse des yeux, découvre des vallées gigantesques, des cascades, des falaises perdues dans le lointain noyées dans une végétation luxuriante. Nous traversons de nombreuses rivières qui naissent là-bas dans l'infini des dernières jungles où j'aimerais tellement m'enfoncer.

Au fur et à mesure que nous longeons Santa Barbara en direction du Sud, la serra s'élève, se morcelle en terrasses. Je peux déjà distinguer sur l'horizon le Morro de Monte Cristo, point final de mon voyage.Les derniers kilomètres sont époustouflants, je ne la quitte pas des yeux. Je voudrais tellement lui parler, m'adresser à elle pour lui dire que parmie tous les reliefs que j'ai photographiés, elle est la plus belle, unique, inoubliable, qu'elle est tout simplement la reine des serras.

Jovelino repère l'entrée d'une ferme qui pénètre un peu dans le relief. Nous tentons de suivre la piste. J'ouvre et ferme une dizaine de barrières, puis la piste quitte la plaine, se tord en lacets, flirte avec les falaises, tutoie les ruisseaux qu'il faut franchir à gué, monte et descend, nous offrant différents panoramas jusqu'à se casser net le nez sur la forêt. La piste ne conduit nulle part. Découragée, elle s'épuise sur un rampart de végétation infranchissable. Tant mieux...

Les heures passent, il ne reste plus qu'une heure de lumière, on fait demi-tour et nous poursuivons encore quelques kilomètres vers le sud, tandis que le soleil termine sa parabole et caresse l'horizon.

Un cavalier vient à notre rencontre intrigué par notre présence. La proximité de la frontière bolivienne favorise le vol de bétail, la vigilance est de mise.

 

Santa Barbara 2

 

Soudain devant moi, le plus beau paysage... La Serra de Santa barbara déploie tout son charme. Je la mitraille ému et intimidé par le panorama... Je n'ai plus rien à dire. Le soleil couchant qui lui fait face la maquille à toute allure de tons ocres rouge orangé. Au fur et à mesure la plaine s'obscurcit, ne laissant qu'un dernier filet pourpre sur ses sommets. J'attends sereinement jusqu'à la dernière minute que la nuit la précipite dans l'obscurité, puis Jovelino et moi la quittons déjà nostalgiques.

Ce fut une journée magique... une serra phénoménale...

Par Jean - Publié dans : aventure
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Samedi 3 juillet 2010 6 03 /07 /Juil /2010 23:53

 

Nouvelle découverte d'un abri orné

 

Je me souviens de cette fin de journée orageuse avec mes pisteurs, nous recherchions une petite caverne qui selon mes informations était ornée de gravures. La végétation, l'imminence de la pluie et la tombée de la nuit ne facilitaient pas notre prospection, mais l'espoir de la découvrir nous animait encore. A l'évidence, nos recherches devaient prendre fin. Déjà nous rebroussions chemin, lorsqu'à la lumière de ma torche, je repère une cavité ornée de gravures. Mo do BauL'abri était là devant nous, sombre comme la nuit qui maintenant enveloppait tout. Les chauve-souris qui décampaient à notre approche nous frôlaient le visage du bout de leurs ailes. La lumière de ma torche était aussi épuisée que moi. Je ne discernais que des traits taillés dans la roche sans distinguer de véritables motifs. Mais cela ne faisait aucun doute, j'étais bien sur un abri et les gravures préhistoriques qui l'ornaient témoignaient bel et bien de son occupation aux temps les plus anciens. Je crus voir un personnage gravé presque aussi grand que moi. Mes pisteurs inquiets me pressaient pour que nous quittions cette petite grotte au plus vite. Le temps se gâtait, la nuit bien trop avancée rendait l'endroit dangereux, car la région était le repère de nombreux jaguars attirés par les troupeaux de zébus. Toujours le même refrain: la nuit, les jaguars, la pluie me privaient des plus belles découvertes. Je devais me résoudre une fois de plus à quitter cet abri sans pouvoir prendre de bonnes photos.

Des années s'écouleront d'ailleurs sans que l'occasion me soit donnée de retrouver cet abri.

Nous sommes en juin 2010, la saison est sèche, le moment est propice et les conditions sont réunies pour engager une nouvelle exploration. Une grande partie de la forêt et l'ouverture de nouveaux paturâges devraient faciliter ma nouvelle prospection.

Tôt le matin, je m'engage seul dans un pâturage qui semble désert. L'absence de troupeaux permet une approche plus rapide et plus facile. Par prudence, je reste en contact radio avec le chauffeur qui m'a laissé à l'entrée de la fazenda et qui attend mon retour dans la cabine surchauffée d'un 4X4 à l'ombre d'un arbre.

Le peu d'humidité dans l'air à cette saison rend les rayons du soleil brûlants. Après une demi-heure de marche sous une canicule de plomb je reçois un message radio.

« Alo Jian! alo Jian! »

« Ok! Ok!

« Jian, le fermier veut parler avec toi »

« Ok! J'écoute. »

« Jian, où es-tu exactement ?

« Je viens de franchir une clôture, juste à l'entrée du bois. »

« Ne bouge pas! Je viens tout de suite à ta rencontre! Des buffles sauvages traînent dans ce secteur!

Jean et Peon

Au loin, je distinge un cavalier accompagné de ses deux chiens venant dans ma direction.

Il m'explique que des buffles avaient été introduits dans la région, qu'ils ont été depuis retirés et amenés dans d'autres fermes sauf quelques bêtes redevenues sauvages, extrêmement dangereuses et qui n'ont pas pu à ce-jour être capturées. Mieux valait ne pas les croiser.

Nous nous engageons ensemble dans la zone dangereuse et pénétrons rapidement dans un sous-bois magnifiquement fleuri d'orchidées.

Grâce à mes coordonnées GPS, je retrouve facilement la grotte de « Cabeceira Verde » également ornée de gravures et que je nous revisitons au passage en prenant garde de ne pas irriter les abeilles dont les essaims pendent sous la voûte au-dessus de nos têtes. Je fais quelques photos mais Marquinho le fermier semble préoccupé par un bruit qui vient des galeries supérieures.

«  Un jaguar se promène dans la grotte » me dit-il à voix basse.

Je termine mes photos et nous filons à la recherche de l'autre caverne. Mon GPS m'aide à mieux localiser la mystérieuse caverne. Marquinho qui connaît et aime sa région dans ses moindres détails est heureux et fier de la découvrir sur ses terres. Lorsque je lui montre les gravures préhistoriques, il est étonné et veut en savoir plus. Son enthousiasme fait plaisir!

Sao Pedro 1

Je repère aussitôt le personnage principal avec sa tête flanquée de petits bras et une ligne qui trace le corps. La gravure est géante comparée à celles que l'on trouve généralement dans la majorité des abris ornés. Marquinho s'attarde avec moi passionné par cette découverte.

Notre discussion se poursuit sur le chemin du retour. Soudain, il attire mon attention sur des troncs d'arbres où les buffles se sont grattés. Plus loin, des souilles où les bêtes viennent se vautrer dans la boue. Il est temps de rentrer...

Par Jean - Publié dans : aventure
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  • : Le blog de Jean Périé
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  • : Chasseur d'horizons, diplômé de Préhistoire à l'Ecole Pratique des Hautes Etudes. Projet d'un voyage en roulotte sur la piste des grottes ornées d'Amazonie, au Mato Grosso,(Brésil) pour dresser un inventaire photographique unique des paysages et des vestiges témoins d'une occupation vieille de 20 000 ans.
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"Ces merveilleux fous de la vocation" Anne-Marie Raimond; Editions Robert Laffont 1979.(Un chapitre "Le paysan des tropiques" est réservé aux travaux de Jean Périé)
 























"Découverte de l'Aventure" Editions Gallimard 1990. Les pages 108 et 109 sont consacrées à Jean Périé.

























De nombreux articles de Presse ont également été consacrés aux travaux de Jean Périé

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