Le « Projet Alvorada
C’est quoi être explorateur aujourd’hui en 2008 ? Quelle réponse donner !
Dès la fin du Moyen-âge débutèrent les grandes expéditions à l’assaut des mers et des terres nouvelles pour la conquête d’empires inconnus. Les
récits que nous ont laissés ces hommes nous donnent un aperçu de la dureté initiale de leur affrontement avec la nature. L’Afrique de Stanley est incroyable de rudesse. Que dire du franchissement
du Mississipi par Hernando de Soto. Nus, sous leurs cuirasses rouillées, les hommes doivent dormir debout adossés aux troncs d’arbres faute de
pouvoir s’étendre dans les zones marécageuses du fleuve. Ces pages d’exploration mettent en lumière les rapports de l’homme et de la Terre.
Tous étaient animés par la même bravoure, alors que leurs rêves étaient prodigieusement différents : certains cherchaient à fonder de nouveaux empires, d’autres de nouvelles routes
commerciales. Heureusement il y eut aussi ceux que le démon de la science assoiffait de curiosité. Botanistes, naturalistes, géographes.
Depuis les Alexandre le Grand, Marco Polo,
Pizarro, l’explorateur d’aujourd’hui n’est plus un « conquérant », c’est un « passionné » au service de la connaissance, qui
fouine jungles , déserts ou terres glacées, guidé par des satellites.
Le démon de la curiosité, je suis né avec... A tahiti, dans ce tombeau maori où je me suis réfugié pour me protéger d’une averse, devant ces
têtes coupées, j’ai succombé à l’appel d’une vie d’explorateur. Instant d’émotion qui balaie tout sur son passage et fait surgir le désir de réitérer à l’infini ce moment sublime et aussi
grandiose que la première médaille d’or d’un sportif
Plus tard en Amazonie, mon attirance pour les reliefs du Mato Grosso et l’immense joie que me procurait chaque découverte d’abri orné, chaque
lecture des peintures sur les parois, qui semblaient avoir traversé des milliers d’années rien que pour moi, me fit ressentir des émotions qu’aucun mot ne sût traduire, qu’aucune photo ne pût
révéler, qu’aucun récit ne parvînt à décrire avec l’exacte intensité. Dans ces situations, la raison n’a plus son mot à dire, on est en scène et comme au bon vieux temps on affronte à notre
tour l’inconnu, quel qu’il puisse être et quel qu’en soit son prix. Moi, je suis toujours prêt à partir, peu importe l’heure du jour ou de la nuit,
armé pour de longues marches à pied sans repas. J’aime ces scénarios, une fois sur le terrain, la fatigue disparaît et j’ai alors l’étrange sentiment que mes forces sont inépuisables. Comme pour
un plongeur de grand fond, je ressens une curieuse ivresse: l’ivresse de la découverte imminente, celle qui précède à l’émotion de la découverte réelle. C’est cette exaltation qui m’a toujours poussé à engager des missions sur le terrain sans jamais attendre les moyens qu’elles auraient mérités. Pour celle
que je prépare, je sais pertinemment qu’il en sera de même.
L’originalité de ce projet, c’est de retrouver les paysages tels qu’ils
ont été abordés par les premiers paléo-indiens il y a plus de 20 000 ans et d’en dresser un inventaire photographique complet. Pour me laisser entraîner par le charme de ces paysages, je
dois impérativement les traverser avec une lenteur humaine. Seule une roulotte tirée par des animaux respectera cette lenteur nécessaire tout en offrant un espace de travail sécurisé et un moyen
de déplacement peu coûteux. Traverser le Mato Grosso sur une distance de 3 000km, entre la forêt amazonienne et le marécage du Pantanal sera l’occasion de dresser un inventaire de la faune,
de la flore et de la vie qui grouille dans ce couloir géographique.
Le déroulement de cette expédition doit se faire par petites
avancées de ferme en ferme. J’ai donné à ce voyage le nom de « projet Alvorada ». Ce mot
signifie en brésilien « lever de soleil » , « l’aube » en raison du sens de ma longue traversée d’Ouest en Est, c'est-à-dire en direction du soleil levant.
Un voyage que vous pourrez suivre presque jour après jour grâce à mes coordonnées GPS, en les reportant sur Google Earth. Je vous donnerai
bientôt quelques détails et la manœuvre à suivre pour que nous puissions ensemble faire des essais.
Soyez patients… (ci-dessous, photo de l'exploration du gouffre "Veu da Noiva" au Mato Grosso. Cliché J.Périé, reproduction interdite)