Je vous ai déjà maintes fois parlé de l’art rupestre des cavernes et abris ornés du Mato Grosso au Brésil. Le Mato Grosso, pour ceux qui découvrent mon blog, est cet Etat brésilien qui fait frontière avec la Bolivie, situé au centre du continent sud-américain. Là-bas, je m’intéresse depuis des années à l’influence des paysages sur les mouvements migratoires préhistoriques qui ont conquis il y a des milliers d’années cet espace géographique.
Sur les parois des abris, deux formes d’expression s’opposent : les peintures et les
gravures. Rarement, elles sont associées sur un même site, mais cela arrive. Intéressons nous
aujourd’hui principalement aux abris ornés de gravures. Moins spectaculaires que les peintures, les gravures nous réservent de belles surprises. Le site d’art rupestre du Mato Grosso le plus
important est celui de Janela. Au pied d’une immense
falaise de grès, les gravures s’étendent sur plusieurs dizaines de mètres de longueur et jusqu’à trois à quatre mètres de hauteur. Plusieurs milliers de motifs imbriqués les un dans les autres.
On peut identifier des représentations humaines, quelques animaux et de nombreuses étoiles. Le ciel avait une grande importance pour les peuples qui ont gravé cet abri. On peut même y déceler une
comète. J’ai questionné à ce sujet les derniers indiens Bororos qui ont investi cette région et qui
l’occupaient encore il y a une vingtaine d’années. Cela ne fait aucun doute, les représentations
stellaires de l’abri Janela prouve que leurs auteurs avaient une grande connaissance du ciel.
Plusieurs abris proches appartenant au même complexe de reliefs sont également ornés de gravures.
L’autre site rupestre comportant une multitude de signes et quelques représentations humaines très intéressantes est Tapera, proche d’un village de « garimpeiros » (chercheurs d’or). Nous sommes ici dans une région diamantifère. Ici, les chercheurs de diamants travaillent dans le fond des rivières avec des scaphandres. L’abri Tapera compte de belles images avec une tentative de portrait.
L’incontournable abri en matière de gravure, c’est Rapadura. Une petite faille dans une
falaise. Sur la gauche de l’abri, un panneau de signes très singuliers.
Enfin la caverne de Cabeceira Verde avec ses niches décorées. Hélas, le grès fragile et
friable de la majorité des abris se dégrade avec l’usure du temps faisant disparaître quelques motifs. Protégés par la forêt vierge durant des millénaires, le déboisement mettant à nu chaque jour
de nouvelles parcelles de terre, a révélé progressivement l’existence de ces abris à
une population qui les découvre sans connaissance du sujet. Leur imaginaire, leur soif de trésor englouti et leur ignorance sont une menace supplémentaire pour ces vestiges déjà
exposés aux aléas du temps et des brûlis.
Vous voyez, il y a tant à dire et à faire pour protéger ce patrimoine géographique et paléo-culturel sur la piste des grottes ornées d’Amazonie au Mato Grosso. Il reste
encore tellement d’abris à découvrir avant que les derniers lambaux de forêt vierge ne partent en fumée pour laisser place au coton ou au
soja.
Bon je vous laisse, j’y retourne…