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01 Jun

De la Préhistoire à la Lune et de la Lune à la Préhistoire.

Publié par Jean  - Catégories :  #population


Des indiens isolés récemment découverts en forêt amazonienne me replongent 40 ans en arrière.

 

Il y a 40 ans déjà, je me revois encore pris dans le tourbillon de l’expédition de contact avec des indiens à plateau. Perdus sur une petite rivière, seul lien avec la civilisation, je me souviens de ces instants exceptionnels et dangereux où des visages mutilés par un disque de bois qui transformait leur lèvre inférieure en plateau, nous firent face. Je suis resté planté, ne sachant que dire, ni quels gestes faire pour ne pas les effaroucher et réduire ainsi le choc des civilisations. Quarante années après, la question se repose. Que faut-il faire ? Les ignorer, les isoler, les intégrer, leur refuser le progrès, les laisser souffrir pieds nus dans la jungle ?...

Un groupe d’indiens inconnus vient d’être découvert dans la jungle amazonienne brésilienne dans l’Etat de l’Acre à la frontière péruvienne. D’après José Carlos dos Reis Meirelles Júnior,  spécialiste brésilien en charge de la protection des populations indigènes de la FUNAI (Fundacão Nacional do Indio), ce groupe originaire de la forêt péruvienne aurait fui l’invasion des forestiers, chercheurs d’or et trafiquants de coca, à la recherche d’un espace moins menacé. Une vingtaine de tribus isolées n’ayant jamais eu de contacts pourraient se trouver encore dans cette vaste région frontalière brésilienne et l’arrivée de nouveaux groupes pourrait créer des tensions entre eux. On ne sait rien de leur mode de vie. Ce sont vraisemblablement des chasseurs-cueilleurs qui cultivent quelques plantes lorsqu’ils se sédentarisent. Ils survivent de la cueillette du miel, de pousses, de tubercules et de larves. Ils chassent à l’arc de petits mammifères et des poissons sur le bord des ruisseaux.

 

En 1972, je me souviens que durant l’expédition de contact avec les indiens  géants, nous avions découverts des jardins parfaitement circulaires partagés en quatre portions, chacune d’elles plantée de maïs, d’arachide, de pastèques et de manioc.

 

Les images des indiens actuels qui ont été prises de l’hélicoptère à bord duquel se trouvaient les ethnologues de la Funai sont impressionnantes et me rappellent celles que nous avions faites des indiens géants, eux aussi photographiés sur la berge d’une rivière. En analysant les photos, nous nous étions rendu compte qu’ils étaient plus grands et plus forts que tous les indiens connus jusque là. Les massues qu’ils tenaient à la main leur arrivaient à l’épaule, tandis que celles que nous avions retrouvées en forêt nous toisaient tout entier.

Ces indiens sont les derniers représentants des paléo-indiens qui nous ont légué ces si belles peintures rupestres et je dois m’empresser de dresser l’inventaire photographique des paysages et des vestiges qui témoignent des origines de leurs migrations, il y a des dizaines de milliers d’années.

 

La politique de la Funai a bien changé. Autrefois, le contact était automatique, aujourd’hui, si l’on retient les déclarations du Senhor Meirelles, il semble qu’aucune tentative de contact n’est envisagée, mais alors comment pourra-t-on isoler cette région de forêt, être sûr qu’aucun chercheur d’or, qu’aucun forestier, qu’aucun aventurier ne viendra les déranger ? Quelle barrière les protègera ?

A quel moment faudra-t-il aller à leur rencontre… Je ne sais pas, je ne sais plus, et je n’en suis pas fier.

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À propos

Jean Périé. Diplômé de Préhistoire à l'Ecole Pratique des Hautes Etudes. Une vie sur la piste des grottes ornées d'Amazonie, au Mato Grosso,(Brésil). Un inventaire des paysages et de l'Art rupestre témoins d'une occupation vieille de plus de 20 000 ans.