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13 Apr

L'Art rupestre du Mato Grosso

Publié par Jean  - Catégories :  #Art rupestre

Méconnu depuis 20 000 ans, l’Art rupestre qui recouvre les parois des abris préhistoriques du Mato Grosso est prodigieusement riche et varié, comparable à celui de chez nous avec néanmoins un bestiaire différent. Ces expressions graphiques que l’on découvre sur ces parois, soit peintes, soit gravées nous renseignent sur le mode de vie, les moeurs des premiers paléo-indiens qui ont occupé le Mato Grosso.


Le premier constat que l’on peut faire sur ces manifestations picturales, c’est que peintures et gravures ne cohabitent généralement pas. Certains abris ne sont décorés que de peintures, d’autres que de gravures. La deuxième remarque, c’est que les motifs peints et gravés n’ont pas les mêmes styles : l’art peint est figuratif, avec de nombreuses représentations humaines et animales, tandis que les gravures sont plus schématiques et dénudées. Parmi les dessins gravés, on peut observer des représentations d’étoiles et même une comète. Les animaux n’y figurent que par des empreintes de pas et les personnages par des entailles filiformes.

 
Ces différenciations faites, l’Art rupestre du Mato Grosso est étudié depuis peu de temps, mais les nombreux abris recensés témoignent d’une grande diversité picturale. Je connais personnellement plus d’une centaine de sites et chacun d’eux apporte son lot de curiosités comme la figurine aux grande ailes de São Lucas, la représentation bizarre du personnage à tête triangulaire du Morro du Toroari ou cette scène splendide de la harde de cervidés de Santa Elina.

Hélas, ces abris sont depuis peu menacés par la déforestation, la négligence et la bêtise humaines. Le personnage et l’enfant de l’abri Perdida sont recouverts par une termitière, tandis que la grotte de Cabeceira Verde a été taguée. Pour toutes ces raisons, il est impératif de dresser le plus rapidement possible un inventaire photographique de l’ensemble du patrimoine géographique et paléo culturel du Mato Grosso en mémoire de ces paléo-indiens qui méritent notre respect et notre admiration. Un livre richement illustré sera réservé à cet art préhistorique. 

Depuis mes premières découvertes, je me bats avec des moyens dérisoires pour stimuler sur le plan local, la préservation, l’étude et la mise en valeur de ce patrimoine, mais il reste tant de chemin à parcourir pour l’élever à une dimensionuniverselle et attirer des mécènes à son secours. Je souhaite de tout cœur que le « projet Alvorada » puisse y contribuer.

(Photos Jean Périé, reproduction interdite)



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A
On dit souvent que l'homme c'est le style.Il parait que ce dernier pourrait rendre compte sur le premier.En regardant attentivement les quelques photos d'images rupestres jusque là présentées sur ce blog,une intuition me suggère un certain 'style' qui est différent de celui des images rupestres du Maroc.A ce props,une des reflexions d'Alain Rodrigue(analyste d'art rupestre marocain)a attiré mon attention:<br /> "il est permis de ramener la notion de 'style' des gravures préhistoriques à celle des peintures modernes.Pour peu que l'on possède quelques connaissances dans ce domaine,le style devient évident:un Miro est immédiatement identifiable,par ses couleurs,la disposition des aplats,les thèmes même qui sous tendent l'oeuvre.Plus le style est original,et plus il est aisément identifiable:un Delacroix se reconnait avec la même relative facilité qu'un Magritte.De la même façon que d'"écoles" en peinture,rattachant des générations de peintres à des courants artistiques(impressionisme,surréalisme...),il est permis de parler de 'style'en expression rupestre préhistorique.[....]La gravure en style Tazina(fréquent dans tout le Sahara),est la conjonction de plusieurs impératifs,conjuguant la nature du support(grès tendre),la technique(polissage exclusivement),la morphologie de l'image et le thème enfin."(fin de citation)<br /> <br /> Avec peu d'informations,j'avoue qu'il est hasardeux voir prétentieux d'en dire autant sur ces images rupestres du Mato Grosso,mais je trouve excitant de jouer avec de petits morceaux de puzle afin d'essayer de murmurer un semblant de réponse à la question de fond:"quel est le lien entre les images rupestre du Mato Grosso et les paysages environants??".<br /> On verra,si avec le temps,tout ceci tient la route.
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À propos

Jean Périé. Diplômé de Préhistoire à l'Ecole Pratique des Hautes Etudes. Une vie sur la piste des grottes ornées d'Amazonie, au Mato Grosso,(Brésil). Un inventaire des paysages et de l'Art rupestre témoins d'une occupation vieille de plus de 20 000 ans.