Jeudi 1 mai 2008

Extrait du manuscrit « Lèvre de Bois » Jean Périé (texte protégé par droit d'auteur - reproduction interdite)

 J'habitais sur le fleuve Maroni. La fenêtre de ma chambre s'ouvrait sur une large courbe. De nombreuses pirogues à moteur chargées de noirs Boni, d'indiens passaient à toute allure dans les deux sens. En face, sur l'autre rive où je ne distinguais qu'une tranche de forêt coupée au couteau, c'était la Guyane hollandaise. La fôret tropicale guyanaise était des plus terribles. Elle ne pardonnait aucune erreur. Il fallait l'aborder en douceur comme une pucelle. Se familiariser avec elle, petit à petit, au contact des gars du pays, des forestiers. Néophyte, je m'étais imposé une longue période d'adaptation avant de me lancer dans des expéditions plus périlleuses. Mes guides ont tous été des hommes de terrain. Deux d'entre-eux étaient d'anciens bagnards :des chasseurs de papillons. Nous étions voisins. Avec eux, j'avais acquis des gestes rudimentaires typiques du milieu, le maniement de la machette, quelques réflexes de sécurité. Je m'étais initié à l'écoute des animaux, à leurs cris... Mais leur truc, c'était la chasse aux papillons. Je n'avais pas l'âme d'un chasseur et encore moins pour capturer ces fragiles créatures. Mais les deux compères n'avaient que ce moyen pour survivre. Un petit commerce comme un autre. J'avais un jour fini par céder à leur invitation. Je les avais suivis en observateur, en ethnologue, sans complaisance ni voyeurisme. Ils partaient faire leur boulot. 
... Nous nous sommes alors enfoncés dans la végétation pour atteindre une clairière. L'un d'eux est passé devant pour ouvrir un passage avec son sabre d'abattis. Il le maniait avec la fougue d'un type qui cherche à s'évader. J'ai compris que les deux bagnards haïssaient cette forêt. Ils la tailladaient pour la détruire parce qu'elle les avait emprisonnés plus que les matons. Ils lui en voulaient à mort. La chasse aux  papillons était pour eux une revanche. La forêt leur devait bien cela. 
... Après une demi-heure de lutte contre la nature et les moustiques, nous avons débouché dans une clairière aussi exigüe qu'une cabane indienne. Un violent jet de lumière pénétrait dans la trouée  comme le faisceau d'une lampe électrique. Après une gorgée de tafia, les deux "vieux blancs" ont préparé un appât. Un carré de carton recouvert d'un papier bleu phosphorescent pincé au bout d'une tige flexible d'un mètre de long. Une seconde rasade d'alcool déclenche les hostilités. La chasse peut commencer, silencieuse.
 
De la main gauche, ils agitent le leurre inoffensif imitant avec précision le vol saccadé d'un gros papillon tropical. La main droite tendue en arrière en position d'attente
tient un filet de tulle profond à large ouverture. La jungle ne fait même pas cas de notre présence. Elle fourmille de vie. Des animaux bougent dans le tapis de feuilles mortes et se faufilent dans la végétation. Au-dessus de nos têtes dans les houppiers, des oiseaux invisibles jacassent, poussent des cris stridents.  

L'attente n'est pas longue. Rapidement, un morpho d'un bleu irisé surgit de l'obscurité du sous-bois comme un trait de lumière bleu-vert. J'ai peur pour lui. Mon regard ne le quitte plus des yeux. La couleur de ses ailes change constamment en fonction de l'angle d'incidence de la lumière. Tantôt bleu-gris, tantôt bleu-violet. Il volette entre les accrocs de la végétation sans se méfier, se rapprochant dangereusement du piège qui lui est tendu. Les bagnards l'ont vu venir de loin. Le face à face final est imminent. Le morpho déploie ses larges ailes d'une envergure de vingt centimètres environ. Chaque fois, une source de lumière bleue jaillit. L'appât trompeur s'agite brusquement comme un vif. Un regard complice entre les deux chasseurs les met en contact télépathique. L'attention est à son comble. Le papillon n'est plus qu'une bouteille de tafia qui ne peut leur échapper. Désormais, les yeux font tout le travail. Il ne quittent plus le papillon du regard. L'attention visuelle est si intense que les oreilles ne captent plus aucun bruit. Nous sombrons dans un silence de mort. Mouvements lents, précis, étudiés. Presque un ballet. Il ne manque que le roulement de tambour pour annoncer l'échéance fatale. Le suspens dure comme si Hitchcock le mettait en scène. Côte à côte, les deux vieux ont bloqué leur respiration. Ils cherchent à attirer leur victime au centre de la clairière. Là, aucune branche, aucune herbe ne peut gêner leur forfait.    Le trac m'éouffait. A partir de cet instant, j'aurais voulu que le jeu cesse. Il me torturait. Soudain, trop tard! Le papillon était passé trop près. Je n'avais rien pu faire. L'énorme filet tendu comme une toile d'araignée l'avait happé au vol et capturé vivant au fond de ses mailles. C'en était fini... C'était horrible, j'en éprouvais un étrange malaise, c'était trop injuste, atroce. On  n'avait pas le droit de capturer la beauté d'un papillon. Entre les mains de ces deux hommes le jeu était criminel. Alors ce fut plus fort que moi, je criai pour éviter que leurs doigts n'écrasent grossièrement le thorax de l'animal. 
Pour les dédommager, je me proposai comme acquéreur. J'achetai le papillon pour le dégager moi-même et lui rendre sa liberté sur-le-champ. Il s'envola dans un froissement d'ailes, laissant derrière lui son pointillé de traits bleus. J'avais soulagé ma conscience, mais le bout de mes doigts était tâché de bleu.

 

Par Jean - Publié dans : personnage
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Jeudi 24 avril 2008

Nous étions en Octobre et je voulais retourner photographier l’abri Frei Kanuto  dans le massif de la Chapada dos Guimarães à 60 km à l’est de Cuiabá. La saison des pluies commençait et pour atteindre l’abri nous devions marcher sur plus de 20 km, car les falaises abruptes n’offraient aucun point d’accès. En étudiant les cartes, je découvre une faille importante presque à la verticale de l’abri : une belle faille que je peux équiper de cordes en rappel et le tour est joué. La faille étant à moins de 5 km d’un village, on évitait ainsi une longue marche d’approche épuisante dans la jungle. Je préviens Zé mon plus jeune pisteur, il a 20 ans, la descente en rappel ne devrait pas l’effrayer.

 

 
Le soleil trace un léger filet de sang sur l’horizon quand nous quittons le village à pied, le dos chargé de matériel d’escalade. Deux heures plus tard nous sommes sur le plateau à l’entrée de la faille. Je l’équipe de deux brins d’échelle métallique : celle que j’utilise en spéléo. La descente commence dans les broussailles et sous les piqûres de guêpes. Puis je lance une première corde de 40 m dans le vide : suffisant pour atteindre une vire en contrebas. Je passe le baudrier à Zé, lui rappelle les consignes et le voilà parti en rappel. Tout se passe à merveille. De la vire à mi-falaise, on lance ma deuxième corde jusqu’au pied de la paroi. Même topo, Zé est le premier à descendre je reste pour assurer l’imprévu. Soudain il se met à gueuler.

« La corde est trop courte, elle est dans le vide ! »

De ma position il m’est impossible de voir le pied de la falaise. Je le rassure et lui demande de bien regarder si la pointe de la corde est assez longue.

« Non, non, je vais me tuer ! La corde est dans le vide, le bout ne touche pas terre, elle est trop courte ! »

« Merde, j’ai fait une gaffe, j’ai mal calculé non coup ! » Je réfléchis, refais les calculs, réévalue les hauteurs à vue de nez…

Au bout de la corde, Zé pétrifié continue à hurler.

Je m’attache à un arbre, m’allonge sur le sol et tente d’évaluer la situation en me laissant tomber dans le vide la tête la première. Avec mes jumelles je remarque que la corde est plantée dans la végétation et que Zé panique pour rien.

« Descends ! … Descends !... Tu ne vas pas tomber ! »

Puis Zé disparaît dans la canopée et la corde se détend, signe qu’il a touché terre. C’est un soulagement.

Puis il se met à hurler à nouveau :

« Viens !... Viens vite, il y a des peintures sur la paroi. »

Je me lance à mon tour et avale les 40 m de corde en une minute.

Un abri préhistorique  juste là au pied de la corde, des peintures d’oiseaux, de lézards.

« Zé, c’est magnifique ! Quel nom allons-nous lui donner ?

« Corda Sem Fim »  ce qui signifie « corde sans fin ».

 


« D’accord ! » Et j’inscris ce nom sur mon carnet à coté des dessins que je relève, puis je fais des photos. Il est temps de filer  à l’abri de Frei Kanuto à 700m en longeant la paroi.

Le temps passe vite et soudain un grondement sourd nous rappelle à la réalité : un orage se forme, il faut quitter l’endroit et regagner le village. Sept cents mètres de jungle avalés au pas de charge et nous revoilà au pied de la corde. Je prépare Zé, lui donne les indications pour remonter sans difficultés avec un jumard, système simple que tous les spéléologues et alpinistes connaissent. C’est pas sorcier, n’importe qui peut l’utiliser. Zé démarre. A 10m du sol, il se bloque, se crispe, panique à nouveau. J’ai beau le rassurer, rien à faire, il est tétanisé sur le brin de corde la trouille au ventre. La trouille, la grosse trouille, je comprends vite qu’il est scotché et que le seul moyen c’est d’aller le décrocher et le redescendre. Manœuvre délicate et dangereuse. Une heure plus tard il est au sol.

Avec sa tête de lard Zé ne veut plus grimper par la corde, il veut repartir à pied.

 

« Tu es fou ! Vingt bornes dans la jungle tout seul, c’est idiot et … »

Mais Zé a déjà pris la fuite et je me retrouve seul au pied de la falaise. J’en ai gros sur la patate, si cet imbécile se plante en forêt avec l’orage qui arrive, ce sera da ma faute.

Quant à moi, je dois remonter par la faille et récupérer le matériel, les cordes, les mousquetons, les échelles. Le poids qui était divisé par deux à la descente devient trop lourd pour une seule personne, mes épaules souffrent et mes bras sont épuisés. Jusqu'à la vire j’y parviens, mais l’ascension du dernier brin devient trop éreintante, je commets des erreurs et dans une manœuvre un doigt reste coincé dans un mousqueton, prisonnier de la corde qui appui de tout mon poids. J’ai les pieds dans le vide et ne peux pas me soulager. Le calvaire commence à bout de souffle. Après plusieurs tentatives désespérées, je dégage mon doigt, mais j’ai mal et je ne peux plus utiliser ma main. Les coups de tonnerre font vibrer la falaise, l’orage est là au-dessus de moi. Je dois sortir coûte que coûte avant qu’il n’enfle et se déchaîne. Une heure plus tard, je sors de la faille si épuisé que je m’étends dans les herbes à miel et perds connaissance. C’est la langue râpeuse d’un zébu qui me réveille. Un troupeau est autour de moi. La pluie tombe drue. Qu’est ce que je fais là ? Vite, la nuit tombe !

Chargé comme un baudet,  je rentre au village. Il fait nuit noire, pas de lumière, seule la clarté aveuglante des éclairs me guide sous des trombes d’eau. Soudain, un homme sur le pas de sa porte me lance :

« Ton ami l’indien (c’est ainsi que les habitants appelaient Zé) vient de passer. »

Je pousse un gros ouf de soulagement. Cette nouvelle me rassure, brusquement toute ma fatigue s’efface pour faire face au bonheur d’une découverte qui sur mon carnet de brousse s’appelle  Corda Sem Fim .


Par Jean - Publié dans : Art rupestre - Communauté : Carnets-de-voyages
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Samedi 19 avril 2008

Souhaitons un bon retour à mon ami Alain Marc qui vient de traverser une épreuve difficile avec le même courage dont il a fait toujours preuve à mes côtés, sur les parois vertigineuses de la vallée de Saint-Antonin Noble Val, ou dans les cavernes que nous avons explorées ensemble. Tu nous manquais et le retour sur ton blog « Aquarelle en voyage » nous réjouit. Bonne convalescence en attendant de t’accueillir un de ces jours au Mato Grosso sur la piste de tes prédécesseurs Adrian De Taunay, Jean-Baptiste Debret  et Hercule Florence aquarellistes français qui accompagnèrent la mission Langsdorff  au Mato Grosso entre  1821 et 1829.


Aquarelle De Taunay 1825


















Aquarelle H Florence "Indien Apiaca du Mato Grosso" 1825
Par Jean
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Dimanche 13 avril 2008

Méconnu depuis 20 000 ans, l’Art rupestre qui recouvre les parois des abris préhistoriques du Mato Grosso est prodigieusement riche et varié, comparable à celui de chez nous avec néanmoins un bestiaire différent. Ces expressions graphiques que l’on découvre sur ces parois, soit peintes, soit gravées nous renseignent sur le mode de vie, les moeurs des premiers paléo-indiens qui ont occupé le Mato Grosso.


Le premier constat que l’on peut faire sur ces manifestations picturales, c’est que peintures et gravures ne cohabitent généralement pas. Certains abris ne sont décorés que de peintures, d’autres que de gravures. La deuxième remarque, c’est que les motifs peints et gravés n’ont pas les mêmes styles : l’art peint est figuratif, avec de nombreuses représentations humaines et animales, tandis que les gravures sont plus schématiques et dénudées. Parmi les dessins gravés, on peut observer des représentations d’étoiles et même une comète. Les animaux n’y figurent que par des empreintes de pas et les personnages par des entailles filiformes.

 
Ces différenciations faites, l’Art rupestre du Mato Grosso est étudié depuis peu de temps, mais les nombreux abris recensés témoignent d’une grande diversité picturale. Je connais personnellement plus d’une centaine de sites et chacun d’eux apporte son lot de curiosités comme la figurine aux grande ailes de São Lucas, la représentation bizarre du personnage à tête triangulaire du Morro du Toroari ou cette scène splendide de la harde de cervidés de Santa Elina.

Hélas, ces abris sont depuis peu menacés par la déforestation, la négligence et la bêtise humaines. Le personnage et l’enfant de l’abri Perdida sont recouverts par une termitière, tandis que la grotte de Cabeceira Verde a été taguée. Pour toutes ces raisons, il est impératif de dresser le plus rapidement possible un inventaire photographique de l’ensemble du patrimoine géographique et paléo culturel du Mato Grosso en mémoire de ces paléo-indiens qui méritent notre respect et notre admiration. Un livre richement illustré sera réservé à cet art préhistorique. 

Depuis mes premières découvertes, je me bats avec des moyens dérisoires pour stimuler sur le plan local, la préservation, l’étude et la mise en valeur de ce patrimoine, mais il reste tant de chemin à parcourir pour l’élever à une dimensionuniverselle et attirer des mécènes à son secours. Je souhaite de tout cœur que le « projet Alvorada » puisse y contribuer.

(Photos Jean Périé, reproduction interdite)



Par Jean - Publié dans : Art rupestre
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Jeudi 10 avril 2008

Vous trouverez désormais une nouvelle rubrique "Voyager au Mato Grosso" consacrée à ceux qui seraient attirés vers cette destination. Je l'animerai de données pratiques ou insolites ainsi que d'indications sur des lieux secrets que personne d'autre qu'un chasseur d'horizons comme moi ne pourrait vous livrer. Faites-en bon usage et ne le dites à personne.
Par Jean
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Dimanche 6 avril 2008

Le « Projet Alvorada 


C’est quoi être explorateur aujourd’hui en 2008 ? Quelle réponse donner !

Dès la fin du Moyen-âge débutèrent les grandes expéditions à l’assaut des mers et des terres nouvelles pour la conquête d’empires inconnus. Les récits que nous ont laissés ces hommes nous donnent un aperçu de la dureté initiale de leur affrontement avec la nature. L’Afrique de Stanley est incroyable de rudesse. Que dire du franchissement du Mississipi par Hernando de Soto.  Nus, sous leurs cuirasses rouillées, les hommes doivent dormir debout adossés aux troncs d’arbres faute de pouvoir s’étendre dans les zones marécageuses du fleuve. Ces pages d’exploration mettent en lumière les rapports de l’homme et de la Terre.
Tous étaient animés par la même bravoure, alors que leurs rêves étaient prodigieusement différents : certains cherchaient à fonder de nouveaux empires, d’autres de nouvelles routes commerciales. Heureusement il y eut aussi ceux que le démon de la science assoiffait de curiosité. Botanistes, naturalistes, géographes.

Depuis les Alexandre le Grand,   Marco Polo,  Pizarro, l’explorateur d’aujourd’hui n’est plus un  « conquérant », c’est un « passionné » au service de la connaissance, qui fouine jungles , déserts ou terres glacées, guidé par des satellites.

Le démon de la curiosité, je suis né avec... A tahiti, dans ce tombeau maori où je me suis réfugié pour me protéger d’une averse, devant ces têtes coupées, j’ai succombé à l’appel d’une vie d’explorateur. Instant d’émotion qui balaie tout sur son passage et fait surgir le désir de réitérer à l’infini ce moment sublime et aussi grandiose que la première médaille d’or d’un sportif

Plus tard en Amazonie, mon attirance pour les reliefs du Mato Grosso et l’immense joie que me procurait chaque découverte d’abri orné, chaque lecture des peintures sur les parois, qui semblaient avoir traversé des milliers d’années rien que pour moi, me fit ressentir des émotions qu’aucun mot ne sût traduire, qu’aucune photo ne pût révéler, qu’aucun récit ne parvînt à décrire avec l’exacte intensité. Dans ces situations, la raison n’a plus son mot à dire, on est en scène et comme au bon vieux temps on affronte à notre tour l’inconnu, quel qu’il puisse être et quel qu’en soit son prix.  Moi, je suis toujours prêt à partir, peu importe l’heure du jour ou de la nuit, armé pour de longues marches à pied sans repas. J’aime ces scénarios, une fois sur le terrain, la fatigue disparaît et j’ai alors l’étrange sentiment que mes forces sont inépuisables. Comme pour un plongeur de grand fond, je ressens une curieuse ivresse: l’ivresse de la découverte imminente, celle qui précède à l’émotion de la découverte réelle. C’est cette exaltation qui m’a toujours poussé à engager des missions sur le terrain sans jamais attendre les moyens qu’elles auraient mérités. Pour celle que je prépare, je sais pertinemment qu’il en sera de même.
L’originalité de ce projet, c’est de retrouver les paysages tels qu’ils ont été abordés par les premiers paléo-indiens il y a plus de 20 000 ans et d’en dresser un inventaire photographique complet. Pour me laisser entraîner par le charme de ces paysages, je dois impérativement les traverser avec une lenteur humaine. Seule une roulotte tirée par des animaux respectera cette lenteur nécessaire tout en offrant un espace de travail sécurisé et un moyen de déplacement peu coûteux. Traverser le Mato Grosso sur une distance de 3 000km, entre la forêt amazonienne et le marécage du Pantanal sera l’occasion de dresser un inventaire de la faune, de la flore et de la vie qui grouille dans ce couloir géographique.
Le déroulement de cette expédition doit se faire par petites avancées de ferme en ferme. J’ai donné à ce voyage le nom de « projet  Alvorada ». Ce mot signifie en brésilien « lever de soleil » , «  l’aube »  en raison du sens de ma longue traversée d’Ouest en Est, c'est-à-dire en direction du soleil levant.

Un voyage que vous pourrez suivre presque jour après jour grâce à mes coordonnées GPS, en les reportant sur Google Earth. Je vous donnerai bientôt quelques détails et la manœuvre à suivre pour que nous puissions  ensemble faire des essais.

Soyez patients… (ci-dessous, photo de l'exploration du gouffre "Veu da Noiva" au Mato Grosso. Cliché J.Périé, reproduction interdite)

 

Par Jean - Publié dans : exploration
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Mercredi 2 avril 2008

Mon blog n’a que trois semaines de vie. Merci du fond du cœur à tous ceux qui l’ont visité assidûment et plébiscité. Votre fréquentation m’encourage à le faire évoluer tout en préparant mon voyage en roulotte sur la piste des grottes ornées d’Amazonie.

Durant les semaines passées, j’ai beaucoup appris et échanger des conseils avec d’autres blogueurs. Mon ami Alain Marc n’a cessé de m’épauler de son soutien efficace. Fort de cette expérience, le moment est venu de commencer la lente mutation de cet espace de convivialité qui va nous unir durant la longue traversée du Mato Grosso. Je vais l’enrichir dès aujourd’hui de deux nouveaux modules:
 « Une photo et son histoire » (tirée de mes archives, un cliché livre son secret)
 « Voyager au Mato Grosso » (Des informations pratiques sur cette destination, des lieux secrets).
(page en préparation)

 

Par Jean
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Jeudi 27 mars 2008

Dans mes premiers articles et au travers de quelques anecdotes, je vous ai raconté mes débuts. Je consacrerai encore des pages spéciales sur divers sujets qui me tiennent à cœur et que je veux vous faire partager tels la découverte des anciennes mines d’or de Cuiabá, l’histoire du train Madeira-Mamoré, seule voie ferrée construite dans la jungle amazonienne à la fin du 18ème siècle et dont la construction dura presque 100ans. J’ai été l’un des derniers voyageurs à emprunter cette ligne, il y a 30 ans, juste avant sa fermeture pour aller rendre visite à l’Evêque de l’Amazonie Don Rey, un tarnais comme moi. J’ai envie de vous raconter des moments drôles et d’autres moins rigolos, comme cette escalade sur trois cents mètres de paroi verticale qui faillit mal se terminer à cause d’un pisteur pris de panique qui m’abandonna au pied de la falaise…
Mais aujourd’hui, j’ai envie de vous faire entrer dans mon véritable projet, celui pour lequel j’ai ouvert ce blog intitulé « chasseur d’horizons ».

Dès le début de mes recherches sur l’influence des paysages en 1984, lorsque j’ai soutenu ma thèse, mes amis et quelques journalistes dans leurs articles m’ont spontanément donné ce surnom de « chasseur d’horizons ».  Je n’y avais moi-même pas pensé, mais il émaneait de ces deux mots tant de réalisme et de poésie qu’ils traduisent à merveille cette brûlante et fascinante attirance que j’éprouve pour les paysages et les horizons que sculptent les bordures des plateaux tabulaires du Mato Grosso. Paysages lointains toujours plongés dans un vaporeux bleu abyssal.

L’horizon est un gibier qu’il faut traquer, débusquer dans les profondeurs des reliefs couchés entre ciel et terre.  De leurs carcasses va soudain jaillir un nouvel horizon, irrésistible, envoûtant. Planté là, immobile, face à lui le regard fixe, fier comme un torero, le cœur s’emballe, l’émotion vous submerge, on sait à cet instant précis qu’il va falloir l’affronter. On va aller à sa rencontre. C’est cette aventure, cette même émotion répétée des milliers de fois qui conduisit les premiers paléo-indiens à occuper le Mato Grosso et le centre du continent sud-américain. En hommage à ces nomades, le titre de « chasseur d’horizons » pour mon blog s’imposa naturellement. 

L’homme est curieux de nature.  Et il n’y a pas a mes yeux de plus belle aventure que celle qui, aux temps préhistoriques a poussé l’homme à marcher, à se déplacer, à parcourir les paysages qui l’environnaient et finalement à franchir les horizons qui traçaient une limite à son regard. En ces temps-là les déplacements humains étaient avant toute une conquête de l’œil sur les horizons de paysage qui devenaient une donnée géographique évidente et essentielle… L’horizon, c’est cette ligne qui trace une limite à notre regard. Pour notre plus grand bonheur, cette ligne n’est pas statique et se déplace au fur et à mesure que nous avançons. C’est en recherche de nourriture ou entraînés malgré eux a la poursuite d’un gibier que nos ancêtres l’ont franchie et ont quitté le berceau africain pour explorer tous les autres horizons de notre planète.

Notre âme de chasseur d’horizons était née, motivée par cette recherche de nourriture, mais aussi par une insatiable curiosité qui accentua notre marche sur les cinq continents, vers des terres inconnues…  

Le seul moyen de savoir quel paysage nouveau se cache derrière la ligne d’horizon, c’est d’aller vers lui mais en prenant les points de repères nécessaires au retour. C’est là que le mobilier paysager (blocs isolés, failles, éperons rocheux, buttes, criques …) offrent des balises naturelles repérables d’assez loin, pour marquer un premier chemin. Celui-ci se transmettra oralement durant des générations jusqu'à ce qu’il soit remplacé par un autre plus accessible, plus praticable et plus court.  Le nomade n’a pas de perception aérienne des régions dans lesquelles  il s’aventure : les vallées, les reliefs le placent au centre d’un gigantesque labyrinthe. 

Pour se déplacer, tous les peuples de la terre utilisent un système adapté à leur niveau culturel de développement. Les indiens du Mato Grosso conservent de leurs ancêtres une excellente pratique du nomadisme et un remarquable sens de l’orientation grâce à la lecture des éléments contenus dans le paysage. Avec eux, j’ai appris à repérer et à utiliser ce mobilier paysager. Mes pisteurs m’ont souvent étonné par la connaissance qu’ils avaient des obstacles infranchissables dissimulés dans le paysage, qu’aucune carte ne mentionnait et qu’ils contournaient par une lecture précise du relief. Le balisage des itinéraires établis sur ces marques naturelles est imperceptible et mystérieux. Il n’est réservé qu’aux initiés ayant reçu le code d’utilisation. 

Au Mato Grosso, les paysages sont vastes et on s’y sent vite emprisonné. C’est en cherchant à s’en échapper qu’on apprend à le conquérir, à le consommer étape par étape, à le dépecer en horizons distincts pour franchir autant de paysages successifs emboîtés les uns dans les autres   C’est en redécouvrant ce mode de regard original avec lequel les paysages ont été abordés quelques dizaines de milliers d’années auparavant, que l’on comprend les mécanismes et les facteurs qui ont régi les déplacements de ces paléo-indiens. En expérimentant cette méthode,  je suis devenu comme eux un chasseur d’horizons. Cette approche a permis de reconstituer lentement étape par étape la progression de l’homme au Mato Grosso à partir de la Cordillère des Andes. 

Comme un fil d’Ariane, les horizons de falaises qui bordent les hauts plateaux du Mato Grosso offrent un réel chemin de 3 000 km à travers le pays entre les bassins de l’Amazone et du Paraguay…

                                                           … Le moment est venu pour moi de l’expérimenter dans son intégralité…

Par Mouriti - Publié dans : paysage
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Mardi 25 mars 2008

 Pour sensibiliser la population sur la diversité et la fragilité des espèces qui peuplent le grand marécage du Pantanal (dont il faut que je vous parle car il a joué un rôle important dans le peuplement de la région), on a dispersé aux quatre coins de la ville de Cuiabá ces cabines téléphoniques. Pas bête !

 

Par Mouriti - Publié dans : écologie
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Lundi 24 mars 2008
Avant de publier des sujets en relation directe avec mon projet, lesquels sont en préparation, et pour remercier tous les internautes fans de mon ami Alain Marc artiste peintre aquarelliste de renom dont le blog ne cesse de s'enrichir de nouvelles technologies vidéo à vous surprendre (allez voir www.aquarelle-en-voyage.com ), je vous propose une rencontre avec un artiste de la ville de Cuiabá, la capitale du Mato Grosso.
C'est un artiste qui ne se montre jamais et que je n'ai pas pu rencontrer, il signe ses oeuvres sous le nom de Pincel de Ouro autrement dit "Pinceau d'Or". Le sien l'est car son talent est à la hauteur de son pseudonyme. IL utilise comme support les murs défraîchis des vieux quartiers de Cuiaba, ville ancienne (1719). Il illustre des scènes rurales ou des paysages du Pantanal, le plus grand marécage du monde formé par les sources de la rivière Paraguay et situé à quelques dizaines de km de la ville. J'ai passé plusieurs semaines à dénicher ses peintures éphémères car elles disparaissent avec leur support, sans que l'artiste n'en ait tiré aucun bénéfice que le seul plaisir pur et respectueux de l'acte lui-même. (voir l'album "Pincel de Ouro") La totalité des peintures ont aujourd'hui disparu.
Je rends ainsi à cet artiste discret et secret avec lequel il est impossible de rentrer en contact, mon hommage pour ses oeuvres qui m'ont donné tant de plaisir à les chasser comme un paysage. Pour une fois le paysage m'a conduit droit sur un mur!


Par Mouriti - Publié dans : personnage
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Présentation

  • : Le blog de Jean Périé
  • chasseurdhorizons
  • : Chasseur d'horizons, diplômé de Préhistoire à l'Ecole Pratique des Hautes Etudes. Projet d'un voyage en roulotte sur la piste des grottes ornées d'Amazonie, au Mato Grosso,(Brésil) pour dresser un inventaire photographique unique des paysages et des vestiges témoins d'une occupation vieille de 20 000 ans.
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"Tout l'or de l'Eldorado" Georges Pommot. Récit recueilli par Jean Périé Editions Robert Laffont 1978. (Epuisé, en vente sur eBay)
 























"Ces merveilleux fous de la vocation" Anne-Marie Raimond; Editions Robert Laffont 1979.(Un chapitre "Le paysan des tropiques" est réservé aux travaux de Jean Périé)
 























"Découverte de l'Aventure" Editions Gallimard 1990. Les pages 108 et 109 sont consacrées à Jean Périé.

























De nombreux articles de Presse ont également été consacrés aux travaux de Jean Périé

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