Dimanche 27 juillet 2008

 

Reliefs tabulaires de la Serra Formosa

Vous êtes nombreux à vous questionner sur le terme « Chasseur d’horizons ». C’est un peu normal, cela vient du mode de regard que nous portons vous et moi sur le paysage. Il est différent, parce que nous ne le regardons sans doute pas avec les mêmes intérêts, avec la même précision.  Au Mato Grosso, mon regard de « chasseur d’horizons » reste encore très attaché à repérer les particularités du paysage, à prendre des points de repère utiles à mon cheminement inverse, à rechercher la position des  rivières pour les contourner, bref à recenser les éléments indispensables pour une lecture utile du paysage, jusqu’à lire le temps restant de la journée en observant les ombres portées sur les reliefs. Un voyage au cœur du paysage en quête d’étonnement à l’affût d’horizons nouveaux qui vont apparaître au détour d’une butte ou au contour d’une cuesta. Le voyage à lui seul est le but du déplacement avec tous les plaisirs qu’ils va me procurer par la beauté du paysage traversé et la richesse des espèces végétales et animales qui composent cet écosystème.


Cariama huppé. Oiseau vivant dans les savanes du Mato Grosso. Il est l'oiseau emblème du Mato Grosso

 
Le regard que nous portons aujourd’hui sur le paysage ne s’apparente plus à cette méthode de déplacement. Nous parcourons la nature sur des chemins tracés et balisés de panneaux indicatifs pour se rendre d’un point à un autre, sans aucun besoin d’y  puiser des ressources. Si soudain le paysage devient attractif  par son enchantement, notre appareil photo sera chargé d’en assurer pour nous la mémoire et le tour est joué. Mais avons-nous porté un juste regard, serions-nous capable de le décrire en lui tournant le dos ? Vraisemblablement pas ! D’ailleurs quel intérêt aurions-nous eu à le détailler.

En s’affranchissant de toute notion et donnée cartographique moderne, on est obligé de constater que les plissements de la surface de la terre piègent les hommes dans un labyrinthe de reliefs et de vallées. Les différents séjours que j’ai eu la chance d’effectuer chez les populations indiennes du Mato Grosso m’ont aidé à comprendre le regard porté par ces peuples premiers sur leur environnement, autant pour y débusquer de la nourriture que pour y dénicher un cheminement.  Grâce à cette expérience unique mise au service de mes recherches sur les déplacements des populations paléo-indiennes, j’ai compris quel rôle avaient joué les paysages spécifiques du Mato Grosso dans le peuplement de la région centrale du continent sud-américain. En ces temps là, les déplacements terrestres


Morro du Baú dans la Serra das Parnaíbas


étaient avant tout une conquête de l’œil sur les horizons de paysages qui devenaient une donnée géographique évidente et essentielle. J’ai pu expérimenter à maintes reprises ce regard originel et je suis devenu à mon tour un chasseur d’horizons. J’en ai déduit qu’il n’y avait pas eu de plus belle aventure humaine que celle qui aux temps préhistoriques avait poussé l’homme à marcher, à se déplacer, à parcourir les espaces qui l’entouraient et finalement à franchir par curiosité les horizons qui traçaient une limite à son regard.

Grace à cette méthodologie, les observations et investigations que j’ai eu la chance de faire au Mato Grosso sur des paysages créés par les bordures des plateaux tabulaires qui séparent les bassins de l’Amazone au Nord et du Paraguay au Sud, m’ont appris à observer les paysages sous un angle différent, celui par lequel ils avaient été abordés.

La piste des grottes ornées que je me prépare à expérimenter sur plusieurs milliers de kilomètres est le fruit de cette  « chasse aux horizons » et qui sait, peut-être un jour, nous sortirons ensemble chasser des horizons au Mato Grosso.

 
Serra das Parnaibas. (photos de l'article :Jean Périé, reproductions interdites)

Par Jean - Publié dans : paysage
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Mardi 22 juillet 2008
Souvenez-vous, j'étais à la recherche d'une visionneuse pour sauver mes premiers films 16 mm tournés en Amazonie au début des années 70. Hé bien!  deux amis Isabelle et Lionel sont venus à mon secours. Je les remercie du fond du coeur. La pellicule a déjà été transferée sur un support numérique. Le film est au montage et bientôt vous pourrez découvrir ces séquences uniques. Juste un peu de patience...

Par Jean
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Samedi 19 juillet 2008

 

Par Jean
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Dimanche 6 juillet 2008

Vous êtes bien chaussés, votre machette à la ceinture… Alors, prêts pour une virée de 2000 km en brousse.

C’est à la frontière de la Bolivie que l’on peut admirer le premier abri orné de gravures Uirapuru.  Ce sont des triangles pubiens, des représentations féminines et au centre du panneau on distingue une main entaillée dans la roche. C’est sans aucun doute un lieu de baignade car à quelques mètres de ces gravures coule une magnifique cascade.


La région de la Chapada dos Parecis n’a pas été explorée et l’abri suivant se localise dans la grande chaîne de reliefs connue sous le nom de  Serra das Araras  à cause des oiseaux nombreux dans ces reliefs. C’est là que l’on trouvera l’un des abris ornés de peintures les plus anciens du continent sud-américain, Santa Elina daté de 20 000 ans. On peut y observer de très nombreuses peintures avec des personnages mais aussi des tapirs, des cervidés, des singes, des poissons (raies d’eau douce).

Toujours dans la même chaîne de relief on tombe sur  Cruz de Pedra. Un bloc entaillé de cercles concentriques. Une croix de bois indique un ancien cimetière d’esclaves, mais comme un grand mystère entoure ce site, les habitants de la région en ont fait un lieu magique de bénédiction. Peu à peu les gravures des blocs disparaissent sous une épaisse couche de cire de bougies.

Plus en avant toujours vers l’Est, après plusieurs jours de voyage s’ouvrent à nos yeux les magnifiques paysages de la Chapada dos Guimarães. Là de nombreux abris ornés de peintures ont été localisés. J’ai déjà cité les sites de Frei Kanuto et de Corda Sem Fim. , alors je vais vous parler plutôt d’un site quasiment inconnu, Xavier. Situé dans la jungle, au pied d’une cascade, on y découvre des oiseaux ailes déployées et des lignes de figures géométriques spectaculaires.


Continuons à parcourir la piste des grottes ornées d’Amazonie au Mato Grosso, le prochain abri sera Caverna do Indio (La caverne de l’indien) un des rares sites rupestres situés dans une grotte. C’est aussi une nécropole. Les parois sont ornées de petits mammifères, des coatis, ces rongeurs qui vivent en bande dans la région. Leurs représentations sont très réalistes au point qu’on ne peut pas les confondre avec d’autres mammifères.

Plus à l’Est encore, entrons dans la vallée du Rio São Lourenço, São Lucas. Un chef-d’œuvre d’art rupestre. Il suffit de regarder l’image de l’accouchement pour rester figé par la précision du trait et le détail. Sur le même panneau on peut voir des représentations humaines esquissées mais d’un réalisme à couper le souffle avec des chasseurs en plein mouvement. A quelques centaines de mètres sur un petit rocher isolé, surgit un cervidé à six pattes.

Notre prochaine halte sur la piste sera l’abri Morro do Bigode, lui aussi planté dans une végétation sauvage qui le protège de toute prédation. Sa particularité, très peu de motifs mais un personnage à tête triangulaire.







 Accompagnons désormais les cuestas, ces draperies de falaises de la Serra da Saudade. On tombe sur l’abri de Tapera. Nous sommes sur les bords d’une rivière diamantifère et les garimpeiros nous offriront leur hospitalité. Nous aurons tout loisir de détailler les centaines de gravures avec là aussi un personnage à tête triangulaire.

Bien évidemment, la piste des grottes ornées du Mato Grosso ne s’arrête pas là, mais elle est si riche qu’il est temps de souffler un peu.

Vous avez aimé, promis, juré, nous y retournerons ensemble prochainement.



Par Jean - Publié dans : Art rupestre
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Lundi 23 juin 2008

(Extrait du manuscrit « Lèvre de bois » Jean Périé (texte protégé par droit d’auteur – reproduction interdite)

 

 

 

Le Pantanal était une région sans routes. La circulation ne pouvait s'y faire que par des chars à boeufs à travers les marais ou en pirogue dans les steppes submergées. L'avion restait encore le moyen de transport le plus rapide. Toutes les fermes en possédaient un. Le pas de porte servait de piste d'atterrissage ou de larguage.

Mises à part les quelques régions autour du marais où s'étaient implantés les premiers éleveurs, sa partie la plus intérieure, à l'écart des rivières, voies de communication naturelles, était encore méconnue. Personne ne s'y aventurait. Seuls, les grands félins, les caïmans, les vipères, les anacondas et les piranhas se partageaient ce monde sauvage et fascinant. Ce monde de centaines de milliers d'hectares de prairies, de steppes, de forêts prétendait devenir une grande région d’élevage de zébus. Il manquait simplement une route de plusieurs centaines de kilomètres pour aller d’un bout à l’autre de cet immense marécage. Les fermiers brésiliens avaient déjà pensé ce grand projet : une Transpantaneira qui relierait Cuiabá à Corumba, petite ville coloniale totalement isolée à l'autre extrémité du marais sur la frontière bolivienne. Un projet fou auquel personne n'osait croire. Mais la crue catastrophique qui venait de tuer des centaines de bêtes leur donnait raison. Une piste bien au-dessus du niveau des eaux, servirait également de plate-forme de refuge pour le bétail. Pour cela, il fallait mesurer la profondeur du marais sur le tracé projeté. Le moment était bien choisi, car des crues d'une telle amplitude étaient rares et donc une aubaine pour les évaluer, les analyser, les ausculter.   

 


Depuis quelques mois, j'accompagnais ce projet. Je visitais des fermes pour photographier la région, la faune. Le début des pluies avait interrompu mon travail. La crue avait tout chamboulé. Les premiers secours administrés, le Gouverneur m'avait prié d'organiser une expédition capable de traverser tout le Pantanal de Poconé à Corumba. Une expédition de reconnaissance pour jauger la profondeur du marais. 
Je file droit sur Poconé, le dernier village en bordure du Pantanal. J’ai une semaine pour effectuer une reconnaissance aérienne, recruter des pisteurs, constituer une équipe et me lancer dans le marigot. Le temps me presse et la reconnaissance aérienne s'effectue dans de mauvaises conditions météorologiques. J'ai fait retirer la porte du Cessna et le siège du co-pilote afin d'être plus à l'aise pour réaliser une série de photographies et quelques mètres de film. Ici tous les avions sont à ailes hautes. Ils offrent une meilleure visibilité au sol pour le pilote et permettent des atterrisages sur des pistes de fortune souvent herbeuses et parsemées de termitières. A bord, pas de radio, pas de radar. Seulement l'oeil du pilote, son expérience, sa connaissance de la région. Au sol, des repères rares, minuscules. Dans le ciel, il faut faire preuve d'une vigilance accrue en raison de la multitude d'oiseaux qui eux-aussi volent à plus de deux mille pieds. Arrimé par un harnais, je suis tourné de côté, assis sur le plancher de l'appareil, les jambes pendantes à l'extérieur.


Nous décollons de Poconé en direction de Porto Joffre. Le temps est maussade. Nous volons assez haut. Des nuages s'entassent sur l'horizon poussés par un léger vent d'Est. Au-dessous de nous, une steppe herbeuse entièrement inondée. Des zébus égarés pataugent dans la prairie à la recherche d'un terrain plus sûr. Des forêts entières recouvertes de hérons, de cormorans, d'aigrettes qui en grappes composent de véritables bouquets. Parfois des volées d'oiseaux passent sous l'avion. Sur les berges des lacs, des centaines de caïmans immobiles ressemblent à des troncs d'arbres abattus. Plus en avant, une harde de chevreuils s'enfuit...


Les trouées de nuages sont de plus en plus rares et on voyage de longues minutes dans du coton, franchement secoués de haut en bas, ballotés de droite à gauche. Un plafond de nuages grossit juste au-dessus de nous. Soudain, nous sommes brusquement aspirés par un cumulus. L'avion monte en flèche comme une fusée tout en gardant une assiette horizontale. On se retrouve rapidement prisonniers au-dessus de la couche nuageuse en mauvaise posture. Il faut aussitôt profiter de la première trouée pour replonger sous les nuages. Autrement ça finit mal. Mais la manoeuvre est périlleuse. Le Cessna n'est pas conçu pour effectuer des figures acrobatiques même si l'appareil est sûr. La manoeuvre est brutale, elle décroche le coeur. L'avion doit piquer à la verticale, effectuer une chute vertigineuse de mille pieds dans l'oeil de la trouée. Une descente aux enfers qui va soumettre la structure de l'appareil à la limite de sa résistance. Si la vitesse est trop grande, ce sont les ailes qui s'arrachent en premier. J'ai une montée d'adrénaline. La trouille me tord les boyaux. Le vent qui s'engouffre à l'arrière par la porte béante me fouette le visage. J'ai du mal à maintenir les yeux ouverts. Je suis déjà prêt pour la manoeuvre. Je rentre mes jambes et je me blottis dans la queue de l'appareil. Je tente de respirer le plus normalement possible pour calmer mon pouls. Brutalement, l'avion bascule et amorce un piqué. Le vent m'arrache presque mes vêtements. Je resserre d'un cran mon harnais. Le Cessna plonge comme s'il décrochait et se met brusquement à vibrer. Soudain, on est sur le dos et j'entends un claquement sec. Une tête de boulon m'écorche légèrement le front. Le sol se rapproche à toute vitesse. Mes tempes cognent. Le sang engorge ma tête. Je crois sombrer dans un début d'évanouissement lorsqu'une seconde explosion me réveille. Je vois alors le volet de l'aile droite se décrocher sur un bord, se tordre et se coincer sous l'effet du vent. L'avion est ingouvernable. Le pilote hurle, crispé sur la commande de profondeur. Il doit tirer de toutes ses forces pour stopper la descente et ramener l'appareil à un vol horizontal, mais je ne vois rien de ce qui se passe à l'avant. Tout ce que je constate avec effroi, c'est qu'on file droit vers la terre en plein dans le marais. Je murmure entre mes dents: "tire, Bon Dieu, tire sur ton manche, vas-y, tire, tire, tire de toutes tes forces". La trajectoire ne change pas d'un poil. C'est foutu! On va s'‚craser... Puis l'avion réagit. Très doucement. Notre trajectoire s'infléchit. Nous ne sommes plus qu'à quelques dizaines de mètres du sol lorsque l'horizon se dérobe sous le nez du Cessna. L'avion a enfin repris une assiette quasi horizontale mais on fait du rase-mottes, tout de travers. Reste à se poser. Droit devant nous une petite portion de terre battue émerge au milieu d'un océan d'eau. Une cour de ferme avec une cabane. On file droit dessus. On frôle un bosquet. Le pilote coupe les gaz, bloque ses freins et colle l'avion à terre debout sur ses palonniers pour le stopper au plus court. Bien avant des rangées de fil barbelé où sèche du linge. La limite du marigot. Le Cessna a souffert. L'atterrissage un peu brusque avait endommagé ses pneus et sous la secousse le volet de l’aile s'était décroché définitivement, mais nous étions endemnes et cela vallait plus que tout.



Un deuxième avion me récupère deux jours plus tard et tout se passe bien, l’expédition va pouvoir partir, mais cela c’est une autre histoire que je vous raconterai une autre fois, si vous le voulez bien…



Corumba sur le Rio Paraguai à la frontière avec la Bolivie

Par Jean - Publié dans : aventure
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Jeudi 12 juin 2008

 

A la conquête du Nouveau-Monde, les Espagnols avaient atteint la région du Pantanal de Mato Grosso les premiers, cherchant un passage pour les Andes. Ils y avaient rencontré la nation des Xaraes et croyant avoir à faire à une mer intérieure lui avaient donnée le nom de Mar de Xaraes. Mais très vite, ils s’étaient heurtés à une autre nation indienne, beaucoup plus farouche. Celle des Guaycurus. Des peaux-rouges intelligents et habiles qui leur volèrent leurs beaux chevaux andalous, apprirent à les monter à cru et les harcelèrent en redoutables cavaliers.

            Au début du 18ème siècle, on dénombrait plus de soixante tribus indiennes dans la Mer des Xaraes (le Pantanal). Portugais et Jésuites espagnols les affrontèrent. Les premiers pour les exterminer et avoir accès aux mines d'or de Cuiabá et de Poconé, les seconds pour les convertir et les obliger à combattre à leur côté.

            En 1830, la majorité des nations indiennes avait été décimée, convertie ou réduite à l'esclavage.

            Les nouveaux pays sud-américains se disputent les territoires pris aux indiens. Dans cette redistribution des terres, Le Paraguay veut rattacher le Pantanal à son territoire et envahit le Pantanal persuadé que dans cette région marécageuse personne ne les repoussera. Mais, un français, Auguste Leverger va changer le cours de l’histoire.

Auguste Leverger est un breton fils de marin né à St Malo en 1802. Il part très jeune pour l’Amérique du Sud ou il explore et cartographie tout le delta du Prata ainsi que les rivières qui arrosent le Pantanal jusqu’à Cuiabá. Quand l’Argentine entre en guerre contre le Brésil, Leverger intègre la marine brésilienne et gagne ses premiers galons.  Face à l’invasion des paraguayens, l'Empereur Dom Pedro II fait appel à lui pour repousser l'envahisseur. L’armée brésilienne refoulée dans un marigot infesté de caïmans est en déconfiture totale. Grand stratège et rusé, Auguste Leverger à une idée derrière la tête. Il réunit ce qui reste des troupes brésiliennes dans le petit village de Melgaço. Quelques dizaines d’hommes en guenilles, mal armés. Là, il fait creuser des tranchées sur la rive du rio Cuiabá par lequel les troupes du Paraguay remontent. Il veut les surprendre et les anéantir dans les méandres du rio. Durant des semaines, Leverger mène une campagne d’intox dans la population, racontant à tous les paysans qui veulent l’entendre que des renforts sont arrivés par centaines, que ses troupes sont les mieux équipées de tout le Brésil. L’information bat la campagne. En réalité, il entraîne une centaine d’hommes, les prépare à une sanglante bataille en leur

Auguste Leverger, premier gouverneur de la province du Mato Grosso

faisant également croire qu’ils sont des centaines éparpillés tout au long de la rive du rio Cuiabá. Les soldats se laissent convaincre et le  moral revient dans leurs rangs. Ils sont postés dans les tranchées, prêts à en découdre de jour comme de nuit. Equipés de quelques fusils neufs, les hommes sont persuadés qu’ils n’ont plus rien à craindre qu’ils ont déjà gagné la bataille. Face à eux, des centaines de soldats paraguayens observent médusés les préparatifs de la bataille. Une nuit sans lune, pour tester  ses troupes après les avoir postées dans les tranchées, Leverger fait remonter la rivière à une canonnière, son seul bateau. Les soldats sont convaincus que c’est un bateau ennemi. Branle-bas de combat, les hommes réagissent rapidement et se préparent à l’attaque.

Quartier général des troupes paraguayennes

De l’autre côté du rio, les soldats paraguayens tapis dans la végétation, observent la manœuvre. Ils sont soudain persuadés qu’un piège se referme sur eux. Ils doutent, prennent peur, avec la certutude que des centaines de soldats entraînés et mieux armés vont leur tomber dessus. C’est la débâcle, les paraguayens font demi tour et quittent le Pantanal sans combattre. La guerre du Paraguai est terminée.

Pour ce fait de guerre, l’Empereur du Brésil élèvera Auguste Leverger au titre de « Baron de Melgaço ».  
Personnage désormais incontournable dans le paysage du Mato Grosso, Auguste Leverger sera durant plusieurs années le premier gouverneur de la province sans jamais renoncer à sa nationalité française. Fait unique dans les annales ! Cocorico !!!
               Statue d'Auguste Leverger "Baron de Melgaçol" dans le petit village du même nom sur le Rio Cuiabá

Par Jean - Publié dans : personnage
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Dimanche 1 juin 2008


Des indiens isolés récemment découverts en forêt amazonienne me replongent 40 ans en arrière.

 

Il y a 40 ans déjà, je me revois encore pris dans le tourbillon de l’expédition de contact avec des indiens à plateau. Perdus sur une petite rivière, seul lien avec la civilisation, je me souviens de ces instants exceptionnels et dangereux où des visages mutilés par un disque de bois qui transformait leur lèvre inférieure en plateau, nous firent face. Je suis resté planté, ne sachant que dire, ni quels gestes faire pour ne pas les effaroucher et réduire ainsi le choc des civilisations. Quarante années après, la question se repose. Que faut-il faire ? Les ignorer, les isoler, les intégrer, leur refuser le progrès, les laisser souffrir pieds nus dans la jungle ?...

 

Un groupe d’indiens inconnus vient d’être découvert dans la jungle amazonienne brésilienne dans l’Etat de l’Acre à la frontière péruvienne. D’après José Carlos dos Reis Meirelles Júnior,  spécialiste brésilien en charge de la protection des populations indigènes de la FUNAI (Fundacão Nacional do Indio), ce groupe originaire de la forêt péruvienne aurait fui l’invasion des forestiers, chercheurs d’or et trafiquants de coca, à la recherche d’un espace moins menacé. Une vingtaine de tribus isolées n’ayant jamais eu de contacts pourraient se trouver encore dans cette vaste région frontalière brésilienne et l’arrivée de nouveaux groupes pourrait créer des tensions entre eux. On ne sait rien de leur mode de vie. Ce sont vraisemblablement des chasseurs-cueilleurs qui cultivent quelques plantes lorsqu’ils se sédentarisent. Ils survivent de la cueillette du miel, de pousses, de tubercules et de larves. Ils chassent à l’arc de petits mammifères et des poissons sur le bord des ruisseaux.

 

En 1972, je me souviens que durant l’expédition de contact avec les indiens  géants, nous avions découverts des jardins parfaitement circulaires partagés en quatre portions, chacune d’elles plantée de maïs, d’arachide, de pastèques et de manioc.

 

Les images des indiens actuels qui ont été prises de l’hélicoptère à bord duquel se trouvaient les ethnologues de la Funai sont impressionnantes et me rappellent celles que nous avions faites des indiens géants, eux aussi photographiés sur la berge d’une rivière. En analysant les photos, nous nous étions rendu compte qu’ils étaient plus grands et plus forts que tous les indiens connus jusque là. Les massues qu’ils tenaient à la main leur arrivaient à l’épaule, tandis que celles que nous avions retrouvées en forêt nous toisaient tout entier.

Ces indiens sont les derniers représentants des paléo-indiens qui nous ont légué ces si belles peintures rupestres et je dois m’empresser de dresser l’inventaire photographique des paysages et des vestiges qui témoignent des origines de leurs migrations, il y a des dizaines de milliers d’années.

 

La politique de la Funai a bien changé. Autrefois, le contact était automatique, aujourd’hui, si l’on retient les déclarations du Senhor Meirelles, il semble qu’aucune tentative de contact n’est envisagée, mais alors comment pourra-t-on isoler cette région de forêt, être sûr qu’aucun chercheur d’or, qu’aucun forestier, qu’aucun aventurier ne viendra les déranger ? Quelle barrière les protègera ?

A quel moment faudra-t-il aller à leur rencontre… Je ne sais pas, je ne sais plus, et je n’en suis pas fier.

Par Jean - Publié dans : population
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Jeudi 29 mai 2008

Avec la fin de la saison des pluies, le ciel reste encore chargé de beaux nuages, la végétation  toujours verte profite aux paysages qui éclatent de beauté. Les brûlis n’ont pas encore enfumé l’atmosphère, on peut porter un oeil fouineur sur l’horizon pour y dénicher les plus beaux paysages jusqu’aux reliefs lointains qui tracent une limite à notre regard.





     Meu amigo Lorivaldo de Coronel Ponce



Dans les fermes d’élevage, on s’active, pour vacciner les troupeaux et marquer les jeunes bestiaux. Bientôt les grandes foires agricoles vont commencer. C’est là que les propriétaires vendent et achètent aux enchères les taureaux reproducteurs, tandis que les péons, ces cow-boy brésiliens s’affrontent dans les célèbres concours de lassos et rodéos.


Pour moi, une nouvelle moisson de photographies des reliefs peu reprendre, les pistes sont à nouveaux praticables. J’adore battre la campagne, croiser la transhumance des troupeaux qui changent de ferme, regarder, les jacarandas fleurir en bouquets géants mauves ou jaunes éparpillés dans les vastes prairies qui s’étendent jusqu’au pied des reliefs. C’est justement là, au pied des reliefs que mon boulot de












                l'épreuve du lasso                            "Vach'Art" version zébu

 photographies va m’absorber durant des heures, sous un soleil au zénith qui tel un brûlot, évapore toute l’eau que la terre a ingurgité pendant la saison des pluies. Je dois faire vite, dans quelques semaines les brûlis vont rendre l’atmosphère invivable.














Par Jean - Publié dans : paysage
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Dimanche 25 mai 2008

... Mes souvenirs de campagne sont inépuisables :si riches et enracinés dans le passé tant révolu des battages à l'ancienne, des traditions que j'ai presque le sentiment d'avoir vécu au siècle dernier. Nous avons eu une enfance heureuse. Nos jeux se passaient en plein air. La basse-cour, fournissait des cobayes tout désignés. L'enclos des porcs servait d'arène, les cochons de taureaux, on endormait les poules, courait après les canards. Chez Alain, à l’écart du village, sa maison en pleine campagne était un lieu idéal de découvertes et d’expériences en tous genres. C’était l’époque où l’homme rêvait d’aller dans l’espace et nous participions déjà  malgré notre jeune âge à ce rêve. On expédiait des chats sur la lune dans un vieux pot de chambre qui servait de capsule spatiale. La difficulté‚ était de capturer les chats qui nous fuyaient légitimement. Quand des châtons naissaient, nos expériences reprenaient...  Bien avant d'apprendre à lire, nous savions dénicher les oeufs de pie et explorer les grottes de la région à la lueur de trognons de bougie qui nous brûlaient les doigts.
Dans un hangar fermé par une simple bâche, un homme ne prétait pas attention à nos jeux. Penché sur sa forge, le visage rougi par le feu, il retirait avec une longue pince la barre de fer portée à blanc, la transportait sur une enclume et la martelait avec vigeur et conviction. Chaque coup était parfaitement ajusté . Le marteau rebondissait sur l’enclume deux à trois fois, tandis que l’oeil examinait la pièce et de nouvelles cognées forgeait le fer, le sculptait, repoussait le métal dans des formes brusquement humaines, puis la pièce replongeait dans le brasier, soigneusement enfoncée dans le charbon brûlant. Peu à peu une œuvre d’art prenait corps. De notre côté, les châtons participaient à la conquête de l’espace sous le bruit incessant des coups de marteau.

Ce sculpteur, dont le talent nous fascinait, c’était Jean Marc, le papa d’Alain. Alain Marc, vous l’aviez compris.

Jean Marc nous a quitté à la fin de la semaine derrière.
Mon hommage à un artiste que nous avons vu naître et qui nous a vu grandir dans la cour de sa maison, une enfance heureuse…
  

Par Jean - Publié dans : personnage
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Dimanche 11 mai 2008

   Aussitôt après la découverte des Amériques, Espagnols et Portugais se partagent le Nouveau-Monde : les terres à l’Ouest d’une ligne Nord-Sud situées à 360 lieues (1770km) des îles du Cap-Vert seront espagnoles, tandis que celles situées à l’Est seront portugaises. C’est le traité de Tordesillas qui va ouvrir la conquête de l’Amérique du Sud. Pedro Alvares Cabral s’engouffre dans la brèche et découvre pour le compte des Portugais le Brésil en 1500.

Mais dès la découverte des côtes, Conquistadores espagnols et Bandeirantes (Conquistadors portugais) se disputent l’exploration de l’intérieur du continent. La situation géographique du Mato Grosso au centre du continent  rend cette contrée quasiment inaccessible. Les affluents de l’Amazone et du Paraguai barrés par d’incessantes chutes et de tumultueux rapides n’y sont plus navigables dans cette province brésilienne. Malgré ces difficultés, le mythe de l’Edorado et ses probables richesses encourage la « bandeira » (expédition portugaise) de Manoel de Campos Bicudo accompagné de son fils, à pénétrer cette gigantesque forêt qu’ils appelleront Mato Grosso à la poursuite de trésors et de cités légendaires. A leur passage, ils découvrent de l’or sur les bords du rio Coxipo et fondent une communauté qui donnera naissance à la ville de Cuiabá au XVIIe siècle.

Quelques années plus tard, encore adolescent, Antonio Pires de Campos et Bartolomeu Bueno da Silva surnommé  Anhanguera  (vieux diable) se lancent à la recherche de la Serra dos Martyrios et de la fameuse cité de Muribeca, l’Eldorado du Mato Grosso. Serra et cité que jamais personne ne saura localiser.


Bien plus tard, d’autres explorateurs ont essayé de raviver cet espoir : l’anglais Fawcett fut le dernier à rechercher cette légendaire cité, mais il disparut au Mato Grosso en 1925, sans laisser de traces. Le mystère demeure entier jusqu’à nos jours. J’ai enquêté sur cette histoire et je la raconte dans mon livre « Tout l’or de l’Eldorado » publié aux Editions Robert Laffont dans la collection vécu. (Récit de la vie d’un orpailleur français Georges Pommot au Mato Grosso dans le début du XXe siècle).

Le Mato Grosso a toujours fasciné. Des voyageurs célèbres l’ont exploré. J’ai déjà parlé de Langsdorff, ce Consul russe entouré d’aquarellistes français qui traversa le Mato Grosso de 1826 à 1828. En 1844, le botaniste français Castelnau traversera lui aussi le Mato Grosso, suivi quelques années plus tard par l’américain Herbert Smith, géologue et par le naturaliste allemand Karl Von den Steinen.

Au XXe siècle, Roger Courteville sera le premier aventurier moderne à traverser le Mato Grosso en voiture, tandis que l’éminent ethnologue Claude Levi-Strauss rencontrait les indiens Nambikwaras du Mato Grosso.

Image du livre "De l'Argentine à l'Amazonie" Madame R.Courteville. Paris 1931
Par Jean - Publié dans : personnage
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  • : Le blog de Jean Périé
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  • : Chasseur d'horizons, diplômé de Préhistoire à l'Ecole Pratique des Hautes Etudes. Projet d'un voyage en roulotte sur la piste des grottes ornées d'Amazonie, au Mato Grosso,(Brésil) pour dresser un inventaire photographique unique des paysages et des vestiges témoins d'une occupation vieille de 20 000 ans.
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"Tout l'or de l'Eldorado" Georges Pommot. Récit recueilli par Jean Périé Editions Robert Laffont 1978. (Epuisé, en vente sur eBay)
 























"Ces merveilleux fous de la vocation" Anne-Marie Raimond; Editions Robert Laffont 1979.(Un chapitre "Le paysan des tropiques" est réservé aux travaux de Jean Périé)
 























"Découverte de l'Aventure" Editions Gallimard 1990. Les pages 108 et 109 sont consacrées à Jean Périé.

























De nombreux articles de Presse ont également été consacrés aux travaux de Jean Périé

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